* It’s a free world

Publié le par 67-ciné.gi 2008













It’s a free world drame de Ken Loach



avec :
Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek, Joe Siffleet, Colin Coughlin, Maggie Hussey, Raymond Mearns, Davoud Rastgou, Mahin Aminnia, Shadeh Kavousian, Sheeva Kavousian, Frank Gilhooley, David Doyle, Eddie Webber, Johnny Palmiero, Faruk Pruti, Jackie Robinson Brown, Miro Somers, Neal Barry, Mick Connolly, Sian Wheldon, Malgorzata Zawadzka, Marina Chykalovets, Oksana Gayvas, Abbi Collins, Julie Maynard, Ludmila Borysh, Faton Gerbeshi, Kevin Hussey, Steve Lorrigan, Nadine Marshall, Angela Mcgowan, Aleksandar Mikic, Ezequiel Lima Santos, Serge Soric et Branko Tomovic

durée : 1h33
sortie le 2 janvier 2008

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Synopsis
Angie n’a peut-être pas fait d’études, mais elle est jeune, énergique et ambitieuse. Elle a connu des moments difficiles, mais cette fois, elle est bien décidée à avoir sa part du gâteau.
Avec sa colocataire Rose, Angie monte un cabinet de recrutement. Elle évolue désormais dans le monde nébuleux des agences pour l’emploi, des contre-maîtres et des ouvriers immigrés, au coeur du miracle économique anglo-saxon.


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L’histoire de It’s a free world !
Paul Laverty, scénariste : « En parlant aux gens dans les hangars, les dépôts et les supermarchés, il devenait évident que le travail temporaire était au coeur de l’énorme métamorphose que connaît actuellement le monde du travail.
Cependant une tendance, aussi profonde soit-elle, ne suffit pas à faire une bonne histoire. Malgré le soin que j’avais mis à élaborer mes personnages, tout a volé en éclats un beau jour, lorsque Angie a fait son apparition dans mon imagination. J’étais attiré par son énergie, son ambition et sa vulnérabilité. Dans mon esprit, elle était pleine de contradictions et c’est excitant de se lancer dans l’écriture d’une histoire sans réellement savoir où va vous entraîner le personnage principal. Et puis Ken Loach m’a encouragé à suivre mon intuition. Angie pouvait être abominablement égoïste, mais ce trait de caractère était tempéré par une impétuosité, une générosité. Quelque part, elle était en prise avec notre époque. Suivre Angie avait aussi d’autres répercussions d’ampleur : cela signifiait que j’allais raconter l’histoire de son point de vue à elle et non de celui des centaines et des centaines d’ouvriers étrangers qui viennent au Royaume-Uni.
Où situer l’histoire d’Angie était une autre décision à prendre. Etant donné le désespoir de tous ces gens qui fuient la guerre ou le chômage et veulent à tout prix trouver du travail en Europe, il y a tout un monde de contremaîtres, de chefs d’équipe, de mafias impliqués dans la contrebande humaine. Certaines des histoires que l’on m’a racontées sont au-delà de l’incroyable. Au moment où j’écris ces lignes, un immigrant chinois doit payer 25 000 dollars pour être introduit en fraude en Grande-Bretagne. Il lui faudra des années et des années pour rembourser. Les possibilités d’histoires étaient nombreuses, mais je suppose que nous étions davantage intéressés par quelque chose qui se rapproche plus de la « norme » que par ces extrêmes. Le monde d’Angie est une sorte de zone frontière, elle passe « légèrement » dans l’illégalité, à la différence du monde violent des contre-maîtres et des chefs d’équipe, de la violence physique des gangsters purs et durs. Mais cette version « légère » possède sa propre violence, que je trouve plus insidieuse parce que plus répandue et plus tolérée – ou du moins plus ignorée.
J’ai rencontré des ouvriers qui ont été escroqués et jetés à la rue – au sens littéral. Certains avaient travaillé sur un site, puis sur un autre, et un autre encore, et n’avaient jamais été payés. D’autres avaient été abusés : ils avaient travaillé dans des fermes pour un salaire de misère, bien inférieur au salaire minimum. D’autres encore avaient réchappé de blessures graves, et racontaient comment ils avaient failli connaître un sort terrible… Certaines de ces histoires étaient réellement tragiques dans un monde où les limites de la responsabilité n’existent plus depuis longtemps. Un jeune Polonais a été coupé littéralement en deux avec une machine à enrouler les câbles. Un ouvrier portugais sans équipement de protection, qui dormait à l’arrière d’un camion, est tombé en élaguant un arbre et s’est cassé le dos. D’autres travaillent pendant des heures interminables, en prenant de gros risques. J’ai parlé à un journaliste d’investigation qui m’a raconté l’histoire d’un homme mort d’avoir trop travaillé, épuisé par des horaires en trois-huit continuels. Son travail consistait à apposer des logos d’entreprises sur des boîtes, parfois pendant 24 heures d’affilée. Si nous avions montré cela, on nous aurait accusés d’exagération. Après mes discussions avec un grand nombre d’ouvriers, j’ai eu la curieuse sensation que 150 ans de syndicalisme et de progrès social s’étaient brusquement évanouis en fumée.


Cette histoire aurait pu se dérouler dans n’importe quelle grande ville du Royaume-Uni, ou même d’Europe de l’Ouest, mais Londres a quelque chose de spécial. Son ampleur et sa mixité sont spectaculaires. Il était sans doute plus facile d’imaginer comment les liens qui relient les gens dans une petite communauté se brisent dans l’anonymat d’une mégapole. Combien de fois avons-nous entendu des politiciens et des économistes parler du « miracle anglo-saxon » ?
Newsweek a récemment publié un rapport sur les avantages de la main-d’oeuvre moins chère et plus disciplinée d’Europe de l’Est, et il est vrai que les « success stories » sont nombreuses. Oui, il y a une croissance de l’économie, mais combien d’hommes et de femmes sont brisés ? Personne ne regarde jamais sous les pierres, personne ne se penche sur les individus que recouvrent ces statistiques abstraites. Mais peut-être est-ce possible pour un film, à une petite échelle, et j’ai pensé que le nôtre pourrait avoir une résonance spéciale si nous le situions à Londres.
Angie vit dans un monde totalement différent de celui de son père. Depuis dix ans, elle est passée sans arrêt d’un job à un autre, et elle commence à avoir peur de vieillir et de devenir pauvre, ce qui se comprend aisément. Elle est déterminée à ne pas finir comme son père. Il y a chez elle une franchise brutale que je ne peux m’empêcher d’admirer. Lorsque son amie Rose l’accuse de vivre sur le dos des ouvriers étrangers, elle le reconnaît, mais elle ajoute : « Nous le faisons tous. » Et elle a raison… Il faut beaucoup de personnes comme Angie pour lubrifier la longue chaîne complexe de sous-traitance et de sous-sous-traitance qui nous permet d’acheter notre sandwich fraîchement préparé, notre poulet surgelé ou notre barquette de fraises. Une main-d’oeuvre invisible, exploitée, est impliquée dans chacun des aspects de notre vie. Peut-être avons-nous besoin du culot des Angies de ce monde pour faire le sale boulot à notre place et garder hors de notre vue les détails sordides de ce qui se passe dans les entrepôts, aux abords des grandes villes… »


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Le tournage
Kierston Wareing : « Je n’avais que peu de détails sur le profil de mon personnage. La première fois que j’ai pu lire le scénario, j’étais dans l’avion vers la Pologne. Nous commencions à tourner le lendemain. J’ai essayé de ne pas paniquer. Puis le premier jour de tournage est arrivé, et je me suis lancée. C’était une scène de recrutement d’ouvriers polonais. J’étais là, à ma table, en train de me dire que ça n’aurait pas pu être pire…. Mais pour être honnête, la première appréhension passée, c’était la meilleure façon de commencer : tout de suite dans le vif du sujet. C’était un peu marche ou crève ! »
Selon sa méthode habituelle, Ken Loach a continué tout au long du tournage à cacher des éléments clés de l’intrigue à son actrice, ne les livrant parfois qu’au moment de filmer la scène. Kierston Wareing se souvient : « J’habitais sur place avec la costumière, elle connaissait tous les secrets mais n’a jamais rien dit. Ken arrivait et me disait : « Ne mange pas trop, aujourd’hui ». Je savais alors qu’il fallait que je garde le maximum de mon énergie parce qu’il me réservait une de ses surprises… J’ai plus appris en tournant six semaines avec Ken Loach qu’en trois ans d’école d’art dramatique ! »

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Le montage
Jonathan Morris, chef monteur : « Curieusement, ce film a été plus difficile à faire que Le vent se lève. Ken tourne toujours les séquences d’action de manière très efficace, et on peut les monter ensemble très rapidement. Les scènes de dialogues sont les plus difficiles, particulièrement quand il y a plusieurs voix qui viennent de directions différentes, comme c’est le cas ici parce qu’il y a plusieurs rassemblements d’ouvriers. Il faut être vigilant sur la continuité.
En montant, je pensais que nous serions obligés d’écarter une ou deux scènes de foule, mais il y avait une progression, surtout à cause de l’interprétation de Kierston. Il y a une scène où son père et son fils la regardent travailler. Cela ne fait pas progresser l’intrigue, et je pensais que ce serait peut-être une scène en trop, mais elle se révèle d’une force incroyable dans le film. Ken n’utilise pas plus de pellicule que les autres réalisateurs, mais il fait tout développer, et donc tout est disponible pour y puiser les images à monter. Cela rend le travail plus difficile parce qu’il y a plus de choses à regarder, et plus à mémoriser. Mais en même temps c’est plus facile parce qu’on a davantage d’options. »
Pour Jonathan Morris, le meilleur moment de son travail est quand il voit le premier montage pour la première fois : « C’est aussi le plus difficile parce qu’on trouve toujours que le film a au moins une demi-heure de trop... Il faut décider quelle durée mérite l’histoire. On retourne alors au montage puis on revoit le film cette fois avec Paul Laverty, le scénariste, et Rebecca O’Brien, la productrice. Et on retourne au banc de montage. On voit ainsi le film sept ou huit fois et pendant cette période, on repère de mieux en mieux les lacunes et les longueurs. On peut encore peaufiner l’atmosphère, aider les choses à progresser. Nous avons tous l’habitude de procéder de la sorte, ce qui nous apporte une efficacité et un vrai confort de travail. »


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Fiche technique
Réalisateur : Ken Loach
Productrice : Rebecca O’brien
Scénariste : Paul Laverty
Producteur exécutif : Ulrich Felsberg
Compositeur : George Fenton
Chef monteur : Jonathan Morris
Producteur délégué : Tim Cole
Chef costumière : Carole K. Fraser
Monteur son : Kevin Brazier
Directrice de Casting : Kahleen Crawford
Ingénieur du son : Ray Beckett
Directeur de la photographie : Nigel Willoughby
Chef décorateur : Fergus Clegg
1ers assistants réalisateurs : Nick Heckstall-Smith et David Gilchrist
Coproducteurs Pologne : Rafal Buks et Piotr Reisch pour Spi
Productrice Ukraine : Lera Filshina
Musique enregistrée par : Steve Price At Angel Studios
Musiciens : Bruce White, Bill Hawkes (altos), Mike Smith (saxophone), Dave Daniels et Caroline Dearnley (violoncelles)
Mbgate Interprétée par : Max Tundra Editions Balatonic Music
Sous administration : Bug Music, Smoke Bubbles (Buxton Ratcliffe)
Interprétée par : Basement Jaxx Editions Universal/Mca Music Ltd, Faith (Patel/Holmes/Leaosavaii)
Interprétée par : Aradhna Editions Dawn Raid Music Publishing/Universal Music Publishing Pty Ltd
Filmé à : Londres, Katowice et Kiev
Une coproduction : Sixteen Films, Bim Distribuzione, Emc Produktion, Tornasol Films et SPI International
En association avec : Channel 4, Filmstiftung Nordrhein-Westfalen, Polish Film Institute, Diaphana Distribution, Pathé, Cinéart et Film Coopi,
Et avec le soutien : du Programme Media de la Communauté Européenne
Textes : Coming Soon Communication

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à Léna Force et Karin Beyens
logos, textes & photos © www.diaphana.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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