* Battle for Haditha

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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Battle for Haditha drame de Nick Broomfield

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avec :
Elliot Ruiz, Falah Flayeh, Yasmine Hanani, Andrew McClaren, Eric Mehalacopoulos, Duraid A Ghaieb, Oliver Bytrus et Aya Abbas


durée : 1h33
sortie le 30 janvier 2008

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Synopsis
Irak, 19 novembre 2005 : un convoi de Marines est pris pour cible dans un attentat à Haditha. En représailles, les soldats attaquent brutalement les habitants du périmètre, faisant 24 morts, hommes, femmes et enfants.
Battle for Haditha est le récit la “tuerie d’Haditha”, cette journée qui fit scandale, montrant aussi bien les habitants d’Haditha, les insurgés et les Marines, embarqués dans cette logique de destruction.

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Le massacre d’Haditha, quelques répères chronologiques
Haditha est une ville carrefour située sur l’Euphrate, entre Bagdad (à 250km) et la frontière syrienne. D’après une étude du Guardian, la ville est en août 2005 entièrement contrôlée par la rébellion. Elle vit sous un régime proche de celui des Talibans. Avril 2003 et le début de la guerre

L’armée américaine occupe Haditha, pour assurer la protection de l’installation hydro-électrique la plus importante du pays, dont la destruction eût été catastrophique. Haditha devient un centre de la rébellion. Soldats américains et insurgés s’affrontent à de nombreuses reprises, avec des conséquences fatales aux deux camps.

Mai 2005 Lancement de l’opération “New Market” contre les rebelles d’Haditha qui contrôlent la ville. L’opération ne parvient pas à mettre fin à l’offensive des insurgés.

Août 2005 Attentats à répétition contre les Marines : 7 soldats tués dans une embuscade le 1er août, puis 14 des suites de l’explosion d’une bombe sur le bord d’une route le 3 août, et plusieurs dizaines encore au cours des semaines qui suivent.

19 novembre 2005 À 7h15, une bombe explose sur une route au passage d’un convoi américain. Elle tue le caporal Terrazas qui conduit l’un des quatre véhicules blindés. Deux autres soldats sont blessés dans l’explosion. 24 civils irakiens sont tués en représailles.

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20 novembre 2005 L’armée publie un communiqué établi par le capitaine Pool, porte-parole des Marines en Irak : « un Marine et quinze Irakiens ont été tués hier par l’explosion d’une bombe artisanale au bord d’une route à Haditha. Immédiatement après l’explosion, des insurgés ont attaqué le convoi de Marines peu armés. La fusillade a fait huit morts du côté irakien. » Ce sera la version officielle pendant 6 mois. Le même jour, un Irakien étudiant en journalisme filme les corps à la morgue et montre que les victimes ont été tuées par balles dans la tête et la poitrine, et que femmes et enfants sont en pyjama. Ces informations ne correspondent pas à la description de victimes d’une explosion ni à des insurgés abattus lors d’un combat. Il recueille le témoignage d’une fillette de 9 ans, Eman Waleed, seule rescapée d’une famille de 7, qui accuse les Marines d’être entrés dans les maisons et d’avoir tiré à bout portant. Il transmettra ces documents à l’organisation humanitaire Hammurabi Human Rights Group.

Décembre 2005 L’armée américaine dédommage les familles des quinzes victimes déclarées. Chaque famille touche 2 500 $ par mort, la somme maximum prévue en dédommagement des victimes irakiennes.

Janvier 2006 Le lieutenant-général Chiarelli est désigné numéro 2 des opérations en Irak par le Pentagone. Il aura un rôle clef dans le lancement des enquêtes. Il est notamment connu pour avoir critiqué les méthodes des officiers en poste en Irak. La vidéo de l’Hammurabi Human Rights Group est transmise au Time Magazine, qui lance une enquête. Un de ses journalistes interroge la Maison Blanche. Le porte-parole des Marines, le capitaine Pool, envoie un message dissuasif au reporter du Time Magazine, qualifiant le document de propagande provenant d’Al Qaïda.

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14 Février 2006 Une enquête préliminaire de l’armée est ordonnée par le général Chiarelli après qu’il a récupéré les preuves contredisant le rapport initial des Marines.

9 Mars 2006 Le colonel Watt, chargé de l’enquête préliminaire, tire deux conclusions :
« les 24 morts l’ont été par des tirs et non par l’explosion d’une bombe. » les Marines n’ont pas enquêté sur les morts, comme l’impose la procédure en Irak.

10 Mars 2006 Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld est informé des conclusions de l’enquête du colonel Watt. Sa première réaction aurait été : « really, really bad…, as bad or worse than Abu Ghraïb* »
*scandale des photographies prises dans les prisons

11 Mars 2006 Le président Bush déclare aux médias avoir reçu l’information.

19 Mars 2006 Les faits sont révélés par Time Magazine. Y figurent entre autres le témoignage d’Eman Waleed, ainsi que celui du directeur de l’hôpital (« la plupart des victimes ont été tuées à bout portant »). Ces révélations contraignent l'armée à ouvrir deux enquêtes internes. La première, qui porte sur les faits, aboutit sur la procédure judiciaire en cours. La seconde porte sur les efforts de dissimulation pour éviter le scandale. Immédiatement, l’armée confirme que contrairement au rapport initial, les 15 civils tués lors du massacre l’ont été accidentellement par les soldats américains et non par les insurgés.

1er Juin 2006 Une troisième enquête est lancée par le gouvernement irakien.

21 Décembre 2006 8 Marines sont mis en accusation pour leurs implication dans le massacre d’Haditha, 4 officiers : le lieutenant colonel Chessani, le lieutenant Grayson, les capitaines Stone et Mc Connell ; et 4 soldats du rang : Wuterich, De La Cruz, Sharratt et Tatum.

17 Avril 2007 L’armée américaine abandonne les charges à l’encontre du sergent De la Cruz en échange de son témoignage.

9 Mai 2007 Le sergent De La Cruz témoigne avoir vu le sergent Wuterich tirer sur 5 Irakiens sans arme. Il affirme aussi que Wuterich et lui ont continué à tirer sur les corps à terre, visiblement morts.

9 Août / 18 Septembre 2007 Toutes les charges à l’encontre du caporal Sharratt et du capitaine Stone, puis du capitaine Mc Connell, sont abandonnées.

16 Novembre 2007 Le lieutenant colonel Chessani, qui commandait l'unité de Marines présente à Haditha lors du drame, comparait devant un magistrat de Camp Pendleton, le plus grand tribunal militaire situé à 130 km de Los Angeles. Il est convoqué le 28 avril 2008 pour répondre en cour martiale de son rôle dans l'affaire de la tuerie d'Haditha, le crime de guerre le plus grave reproché à l'armée américaine en Irak. Il est accusé d'avoir manqué à son devoir d'officier et d'avoir fait obstruction au travail de la justice. Il est le plus haut gradé impliqué dans l’affaire et risque jusqu'à trois ans de prison ferme s'il est reconnu coupable. Le caporal Tatum comparaîtra pour « homicide involontaire et agression avec circonstances aggravantes ». Dans la même affaire, un général américain deux étoiles et deux autres officiers du corps des Marines ont récemment reçu des blâmes mais ne seront pas poursuivis. Si Chessani et Tatum sont les premiers à être renvoyés en cour martiale dans ce dossier, Grayson et Wuterich pourraient bientôt connaître le même sort.

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Extraits d’une rencontre entre Nick Bromfield et le public (Rencontres Internationales de Cinéma à Paris, 3 décembre 2007)
- : Qu’est-ce qui vous a donné envie de traiter ce sujet précis de la bataille d’Haditha dans le conflit irakien ?

Nick Bromfield : J’étais à la recherche d’un événement qui allait me permettre de raconter ce conflit de manière objective pour chacun des camps, une journée à travers le regard de trois groupes différents. Mon projet était que chaque partie puisse se raconter elle-même. J’avais l’impression que depuis 5 ans que ce conflit dure, le récit qu’on en fait vient toujours d’observateurs vivant en zone sécurisée.

- : Vous êtes connu comme réalisateur de documentaires. Pourquoi ne pas avoir traité le sujet sous cette forme ?

Nick Bromfield : J’avais envie de changer d’optique dans la manière de faire mes films, de raconter l’histoire autrement. Le script était très détaillé, basé sur des recherches précises, et le film suit ce script. Mais j’ai cherché à faire un film aussi réaliste que possible. D’habitude je filme sur le lieu de l’action avec des “vrais” gens, c’est pourquoi j’ai choisi d’ex-Marines pour les rôles de soldats, et des Irakiens récemment exhilés en Jordanie pour les rôles des Irakiens. La caserne est une vraie caserne où vivent des militaires, les maisons aussi sont habitées. Et l’équipe de tournage était réduite, comme pour réaliser un documentaire. J’ai tenu à laisser s’exprimer l’expérience vécue par chacun. Pour le rôle du caporal Ramirez par exemple, la blessure qu’il montre est la vraie blessure d’Elliot Ruiz qui joue le rôle; et quand il craque dans la salle de bain, c’est une réaction qui est largement venue de lui, avec ses propres mots.

- : Avez-vous été tenté de monter des archives dans le film ?

Nick Bromfield : A part pour le président Bush dont le visage est connu, nous avons tout reconstitué. Des archives montées au milieu d’images de fiction peuvent créer une vraie confusion chez le spectateur, pour moi il est important que le public sache ce qu’il regarde.

- : Quelles ont été les relations entre Marines et irakiens dans le film? Avez-vous senti une compréhension entre eux ?

Nick Bromfield : C’était intéressant, parce que j’ai compris pendant le tournage que les Marines n’ont jamais eu de vraies relations avec les civils irakiens, et inversement les Irakiens n’ont pour image des soldats américains que ceux qui attaqué leurs familles. Ils ont eux-mêmes été étonnés de partager de l’affection.

- : A votre avis, quelles seront les réactions aux Etats-Unis quand le film y sera montré ?

Nick Bromfield : Je ne sais pas, en ce moment a lieu le procès contre les Marines incriminés, et beaucoup d’informations sont dissimulées ou diminuées, par exemple tous les témoignages des irakiens ont été discrédités. Même si le film fait ressortir l’humanité en chacun, je pense que ce sera un film difficile pour les américains : bien que l’opinion publique juge de plus en plus que c’est une guerre à laquelle les Etats-Unis n’auraient pas dû participer, il n’y a pas pas de réaction de masse pour s’élever contre elle, comme ce fut le cas pendant la guerre du Vietnam.

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- : Faut-il voir dans les troubles du caporal Ramirez une évocation des nombreux suicides dans les rangs de l’armée américaine ?

Nick Bromfield : Tout cela est complexe car les autorités américaines n’ont pas pris leurs responsabilités au regard de la pression sur les soldats, il n’y a pas de véritable engagement du gouvernement. Pour la guerre du Vietnam il y avait l’appel; ici c’est très différent, les gens engagés dans l’armée en Irak sont pauvres, issus de groupes ethniques. Ils éprouvent ensuite de vraies difficultés pour revenir à la vie civile.

- : Il y a une utilisation de l’image du côté irakien, aussi. Les rebelles prennent au piège les américains avec ces images.

Nick Bromfield : Ce qui s’est passé à Haditha s’est passé un peu partout en irak. Tous les attentats sont filmés, et ensuite vendus sur les marchés, souvent à des enfants. C’est quelque chose de quotidien. La particularité ici, c’est que dans un premier temps l’incident n’a pas été couvert par les medias, et que pourtant il y avait des images, qui ont surgi brutalement. Il y a des deux côtés une manipulation des images, mais ici c’était particulièrement flagrant. Elles ont permis à Haditha d’être un moment fort dans le recrutement pour les insurgés.

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Fiche technique
Réalisation et production : Nick Broomfield
Co-production : Anna Telford
Production exécutive : Donall McCusker
Scénario : Nick Broomfield, Marc Hoeferlin et Anna Telford
Photographie : Mark Wolf
Montage : Ash Jenkins et Stuart Gazzard
Production design : David Bryan
Costumes : Rosie Hackett
Son : Malcolm Hirst
Musique originale : Nick Laird-Clowes


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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Stéphane Auclaire
logos, textes & photos © www.surreal-films.com

Publié dans PRÉSENTATIONS

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