* Litvinenko : empoisonnement d'un ex agent du KGB

Publié le par 67-ciné.gi 2008

undefined










Litvinenko : empoisonnement d'un ex agent du KGB documentaire de Andreï Nekrassov

undefined










avec :
Alexandre Litvinenko, Marina Litvinenko, Walter Litvinenko, Andreï Nekrassov réalisateur/scénariste, Anna Politkovskaïa journaliste/écrivain, Natalia Lazareva Artiste, Boris Berezovsky homme d’affaires, Alexandre Gusak ancien collègue de Litvinenko, Andreï Ponkin ancien collègue de Litvinenko, Andre Glucksmann philosophe, Jurgen Roth écrivain, Bill Bowring avocat, Ivan Demushkin soldat, Sergueï Dorenko présentateur tv, Svetlana Sorokina présentatrice tv, Andreï Lougovoï homme d’affaire et Vladimir Poutine président russe


durée : 1h30
sortie le 30 janvier 2008

***

Synopsis
À Londres, le 23 novembre 2006, Alexandre litvinenko, nom de code : Sasha, ex-agent du KGB, est empoisonné au Polonium 210. Dès 1998, il est connu en Russie pour ses interventions télévisées où il accuse les services secrets de commanditer des assassinats.

undefined
***

Alexandre Litvinenko
Alexandre (Sacha) Litvinenko, ancien Lt. Colonel du service de sécurité russe, le FSB (ex-KGB), meurt à Londres le 23 novembre 2006, victime du premier assassinat perpétré avec une substance radioactive. Scotland Yard estime que le Polonium 210, substance hautement toxique, a été introduit dans le thé de Litvinenko le 1er novembre lors d’un rendez-vous avec deux anciens collègues en visite de Russie. Sur son lit de mort, Litvinenko accuse le président russe Vladimir Poutine d’avoir commandité cet assassinat.
Né en 1962 à Nalchik, Caucase du Nord, Litvinenko intègre le KGB en 1989 en servant dans l’armée.
En novembre 1998, le Lt. Colonel Litvinenko amène un groupe de cadres du FSB (ex-KGB) à accuser publiquement leurs supérieurs de corruption massive, de meurtre, d’extorsions et de liens avec le crime organisé. Les allégations mentionnent également un complot d’assassinat contre le magnat Boris Berezovsky. Litvinenko est par la suite emprisonné en janvier 1999, accusé de mauvaise conduite officielle. Il est acquitté en octobre de la même année puis immédiatement arrêté de nouveau pour d’autres motifs et relâché sous caution.
En septembre 2000, il s’enfuit de Russie en Turquie. Il arrive à Londres à l’aéroport d’Heathrow le 1er novembre 2000 avec sa femme Marina et leur fils de six ans Anatoli, et demande l’asile politique. Il obtient la nationalité britannique en octobre 2006.
Pendant ses années passées à Londres, Litvinenko devient un membre actif de la communauté russe émigrée. Il était particulièrement proche de l’oligarque exilé Boris Berezovsky.
Alexandre Litvinenko est l’auteur de deux livres. Blowing Up Russia (2002), qui inspire Andreï Nekrassov pour son film Disbelief (2004), et qui accuse le FSB d’avoir mis en scène les attentats terroristes de Moscou de septembre 1999 pour provoquer une guerre en Tchétchénie et aider Vladimir Poutine à gagner les élections présidentielles. Le Gang de Lubyanka (2003) est une autobiographie, qui met en lumière la corruption généralisée du FSB. Ces deux livres sont interdits en Russie.

***

Entretien avec Andreï Nekrassov
Quand avez-vous connu Alexandre Litvinenko et dans quelles circonstances ?

Andreï Nekrassov : Je me suis mis à sa recherche début 2002 à Londres. Je le montre d’ailleurs dans le film : les coups de fil, les gens que j’interroge autour de moi, ça s’est passé exactement comme cela. Dès lors, j’avais toujours un caméraman avec moi, prêt à filmer l’interview que j’espérais décrocher. Puis Vanessa Redgrave, avec qui j’avais travaillé pour un documentaire sur les enfants de Tchétchénie, m’a présenté à des gens qui connaissaient Litvinenko et j’ai pu accéder à lui.

Jean-Christophe Buisson rédacteur en chef adjoint Le Figaro Magazine : A quel moment avez-vous décidé de réaliser un film en mémoire de Litvinenko ?
Est-ce vous qui l’avez décidé seul ou d’autres personnes vous ont-elles poussé à le faire ?

Andreï Nekrassov : Ce fut une décision totalement personnelle. J’ai décidé de réaliser un film sur Sacha quand j’ai acquis la certitude qu’il avait été intentionnellement empoisonné. Pour être honnête, quand j’ai entendu dire pour la première fois (en Russie) que son empoisonnement était criminel, je ne l’ai pas cru. Ca me paraissait trop incroyable. Mais après avoir parlé avec lui sur son lit d’hôpital, j’ai compris que c’était vrai.

Jean-Christophe Buisson : Avez-vous hésité sur la forme cinématographique à donner à votre film ? Avez-vous par exemple envisagé à un moment d’opter pour la fiction ?

Andreï Nekrassov : L’idée d’une fiction a toujours été présente à mon esprit, même avant que Litvinenko soit empoisonné. Quand je l’ai rencontré la première fois en 2002, je lui ai même dit que je souhaitais me servir de lui comme modèle d’un personnage pour un film de fiction (ce qui était vrai). J’ai commencé à écrire un scénario en m’appuyant sur ce qu’il m’avait raconté mais un directeur de théâtre allemand, Frank Castorf, m’a proposé au même moment de mettre en scène une de mes pièces dans un théâtre de Berlin (Volksbuehe). J’ai donc transformé mon film en pièce. La première eut lieu en décembre 2002, la pièce s’intitulait « Königsberg » en référence au fait que mon Litvinenko imaginaire venait de Kaliningrad-Königsberg. Parce que c’est une ville qui a valeur de symbole : elle a joué un rôle très important dans l’histoire des relations entre l’Allemagne et la Russie et Poutine entretient un rapport particulier avec cet endroit. Dans la pièce, terrible prémonition, j’envisageais la mort de Sacha… Quand le vrai Sacha est mort empoisonné, j’ai ressenti le besoin urgent de faire un film sur lui. Pour dire ma colère. Une fiction eût été trop longue à monter, j’ai opté pour le documentaire. Mais je pense avoir donné à ce documentaire une dimension un peu romanesque, y compris dans le personnage de Sacha, comme j’aurais pu le faire dans une fiction. Et je viens de commencer à écrire cette fois vraiment un scénario de fiction sur le sujet.

undefined
Jean-Christophe Buisson : Avez-vous subi des pressions quand on a su que vous réalisiez ce film ?

Andreï Nekrassov : Si l’on excepte le triste épisode de ma maison en Finlande que j’ai retrouvée un jour dévastée, non. Je n’ai aucune preuve que le Kremlin ait été derrière cette affaire, mais deux ou trois détails laissent à penser que cet acte de vandalisme fut le fait de personnes venant de Russie. En tout cas, c’est arrivé au pire moment pour moi : le festival de Cannes m’avait signifié son intérêt pour le film alors qu’il n’était pas prêt et que je devais travailler 18 heures par jour pour le finir à temps.

Jean-Christophe Buisson : Comment avez-vous ressenti justement le fait d’être sélectionné et invité au festival de Cannes ?

Andreï Nekrassov : J’étais ému jusqu’aux larmes. Parce que je savais qu’il était tout à fait possible de me dire qu’on aimait mon travail, que j’étais très courageux, etc, mais sans aller jusqu’à montrer mon film dans le cadre d’un festival. J’ai donc vraiment considéré cette sélection officielle comme un acte de courage de la part des organisateurs de Cannes. Même si eux ne l’envisageaient pas comme tel, bien sûr, même s’il n’y avait, à leur encontre, aucune pression du gouvernement russe ou d’un lobby prorusse, j’ai vu là un geste d’honnêteté et d’indépendance. Parce que cela ne se passe pas toujours ainsi en Europe occidentale. Par exemple en Allemagne où, il y a quelques années, le gouvernement Schroeder avait cédé à l’ambassade russe qui lui avait demandé de ne pas montrer des films sur la Tchétchénie lors d’une manifestation culturelle germanorusse. Les organisateurs du festival de Cannes, eux, ont refusé de se conformer à la logique institutionnelle habituelle où les oeuvres d’un pays sont traitées comme des équipes sportives nationales. Résultat : c’est le gouvernement qui choisit, comme à l’ère soviétique, quelle « équipe » nationale artistique envoyer représenter la Russie à telle ou telle manifestation. Et les pays démocratiques occidentaux de jouer ce jeu aux règles non-démocratiques. Or, qu’ont dit les gens de Cannes ? « Hé, attendez une seconde ! Est-ce qu’on pourrait jeter un oeil sur les productions de votre pays que vous craignez visiblement de nous adresser ? Est-ce qu’on pourrait choisir nous-mêmes les films que nous allons montrer ? Merci. »

Jean-Christophe Buisson : Parmi les témoins que vous interrogez, certains ne sont pas tendres avec Litvinenko. Avez-vous choisi de garder leurs propos par souci d’honnêteté intellectuelle ou parce que vous-même pensez que Litvinenko possède une part d’ombre qu’il a emportée avec lui dans sa tombe ?

Andreï Nekrassov : Les ex-collègues de Litvinenko qui le traitent d’ordure le font parce qu’ils ont choisi une voie conformiste mais surtout parce qu’ils ont mauvaise conscience. A un moment de leur vie, Sacha les a convaincus, par son charisme, de le suivre sur une voie non-conformiste, rebelle. Puis ils l’ont regretté et ont fait machine arrière par peur des représailles. Mais il y a au fond d’eux le souvenir d’un homme qui leur a injecté une part d’honnêteté, cette honnêteté qui leur est devenue si inutile, si risquée dans la Russie contemporaine. Et ils lui en veulent pour cela.

Jean-Christophe Buisson : Ce qui frappe le spectateur dans vos conversations avec Litvinenko, c’est sa mécanique intellectuelle : rapide, claire, brillante. Est-ce cela qui vous a le plus marqué chez lui ?

Andreï Nekrassov : Oui, absolument. Même si je ne suis pas dupe du fait qu’il ne s’agissait pas de quelque chose de naturel chez lui, qu’il a effectué un gros travail sur lui-même pour raisonner de cette manière. Je sais qu’il s’est entraîné à parler avec des phrases courtes, concises. Pour autant, je pense que cette clarté est d’abord le produit d’une moralité personnelle, d’une sincérité absolue.

Jean-Christophe Buisson : Vous aviez fini par devenir proche de Litvinenko. N’avez-vous pas eu peur de manquer de distance objective par rapport à votre sujet ?

Andreï Nekrassov : Mon histoire personnelle faisait de moi l’homme le plus méfiant de la terre à l’égard d’un ancien du KGB. Dès notre première rencontre, je l’ai apprécié mais cela ne m’a pas empêché de passer la nuit suivante à étudier chacune des réponses qu’il m’avait faites, à analyser la moindre contradiction dans ses propos puis à retourner le voir pour lui poser des questions de plus en plus précises. Autant que j’ai pu le constater, il n’y avait pas de manipulation, il disait la vérité. Mais il ne se prenait pas pour un être pur ou un héros, pas du tout (ce qui ne m’empêche pas de considérer que sa fin fut celle d’un héros…). Pour revenir à ce problème d’empathie avec mon sujet, je précise que je n’ai jamais prétendu réaliser un film « objectif » sur lui en montrant par exemple les différentes versions qui existent sur sa vie et sa mort. Pour moi, tout cela est un peu superficiel. Au-delà de sa personne, ce qui m’intéressait, c’était de dire certaines choses que j’estime cruciales sur la Russie, par exemple sur la possibilité ou l’impossibilité de garder une certaine éthique quand on fait de la politique. Pour moi, la seule chose « objective » qu’il y a à dire au sujet de Sacha est ceci : voilà un homme qui est mort en raison de ce qu’il disait, de ce en quoi il croyait. Cela, c’est plus qu’une version, c’est le sujet d’un drame, d’une tragédie moderne, qui oblige à maintenir son esprit et son âme en éveil.

undefined
Jean-Christophe Buisson : Outre vos propres images, le film est riche de nombreuses archives sur la Russie d’hier et d’aujourd’hui. Des films amateurs, des extraits de films de propagande, des émissions de télévision, etc. Pourquoi ce choix hétéroclite qui, en outre, vous obligeait à un montage titanesque ?

Andreï Nekrassov : J’ai voulu réduire au strict minimum mes propres commentaires. Comme il s’agit d’un documentaire, j’ai pensé qu’en utilisant ces différents types de séquences et en les montant comme je l’ai fait, je parviendrais à créer une syntaxe et éviterais ainsi d’avoir à expliquer systématiquement les événements que j’évoque par un commentaire verbal. En règle générale, j’accorde une grande importance au montage dans mes films. C’est lui qui fixe la langue et la logique d’un film. A partir du moment où un film est constitué d’images et non de mots, c’est cette langue-là qui peut convaincre le spectateur ! Ce que je nomme « l’espace romanesque » que l’on trouve dans un documentaire ne peut exister qu’à partir de cette langue. Les mots que vous pouvez lui adjoindre sous la forme d’un commentaire ne doivent pas servir à expliquer quoi que ce soit mais à renforcer l’atmosphère créée par l’image.

Jean-Christophe Buisson : En quoi l’affaire Litvinenko est-elle, selon vous, symbolique de l’état de la Russie actuelle ?

Andreï Nekrassov : L’événement en tant que tel est particulièrement dramatique et sa valeur symbolique encore plus. Parce qu’il s’agit du premier crime d’Etat dans l’histoire de la Russie contemporaine dont il est impossible de relativiser l’impact et la signification. Même si cela est horrible à dire, disons que cela pouvait être le cas avec les 200 000 Tchétchènes innocents disparus, puisque les Russes (et pas seulement eux) refusent de considérer ce qui s’est passé là-bas comme un meurtre. Ou avec Anna Politkovskaïa, assassinée par d’obscurs voyous. Mais là, non : Litvinenko a été tué comme à la parade par un millionnaire qui s’apprête à devenir député et il n’y a au fond que peu de gens, même chez les « patriotes », qui écartent l’impossibilité absolue que Poutine soit impliqué dans l’affaire ! Sans compter que beaucoup considèrent comme tout sauf illégitime de tuer un traître. Qu’on le pense est une chose mais que ce soit admis publiquement, que ce soit vu comme une chose acceptable dans une société est hautement symbolique. On n’avait plus vu ça depuis Staline.

Jean-Christophe Buisson : Un grand nombre d’affaires qui éclaboussent le régime sont liées à la Tchétchénie. Pourquoi ?

Andreï Nekrassov : Parce que même si, aujourd’hui, politiquement, la Tchétchénie coûte moins à la réputation du régime que la corruption, les crimes de guerre qui ont eu lieu là-bas, et ce dans une proportion sans doute plus importante qu’au Darfour, représentent, au bout du compte, le motif d’accusation le plus tangible contre le Kremlin. Le degré massif de corruption qui a été et demeure celui de la Russie donne au régime actuel, à mes yeux, un caractère illégitime mais susceptible d’être relativisé par les circonstances historiques. Le drame de la Tchétchénie, lui, peut être assimilé à une sorte d’Holocauste et mérite, en tant que tel, un châtiment.

Jean-Christophe Buisson : Parmi les personnes que vous avez rencontrées à l’occasion de vos films figure la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée elle aussi en 2006, quelques semaines avant Litvinenko. En quoi ressemblait-elle à celui-ci ? Tous les deux se connaissaient-ils ?

Andreï Nekrassov : Ils étaient amis. Parfois, il m’arrivait de passer des messages entre eux. Anna pouvait paraître dure pour les gens qu’elle ne faisait que croiser mais se montrait adorable envers ceux qu’elle avait appris à connaître et qu’elle aimait bien. Sacha était de ceux-là.

Jean-Christophe Buisson : Vous montrez dans le film des images de manifestations de mouvements nationalistes et des passages à tabac d’ « étrangers » dans la rue. Y a-t-il, pour vous, un réel danger fasciste en Russie ?

Andreï Nekrassov : Oui, même si nous ne sommes pas nombreux à le penser, la plupart des observateurs se refusent à considérer l’extrême-droite si dangereuse que cela. Le problème vient de l’absence de sincérité de la classe politique russe. Le patriotisme officiel sonne faux : tous les Russes ordinaires savent que les oligarques se moquent bien d’eux. Au regard de ce patriotisme hypocrite, celui des fascistes paraît affreusement plus sincère. Ils pensent vraiment ce qu’ils disent, à la différence du gouvernement, et donc sont moins suspects de cynisme. Leurs mots à eux sonnent juste. Du coup, le petit peuple fatigué par le cynisme des oligarques pourrait bien opter pour la « passion » et la « sincérité » dont se réclame l’extrêmedroite.

Jean-Christophe Buisson : Y a-t-il une fatalité russe, comme certains le laissent entendre, selon laquelle le pays ne pourrait vivre que sous une forme d’autocratie ?

Andreï Nekrassov : Je refuse cette notion de fatalité parce que je crois à la force de l’esprit bouleversant l’immuable. Le courage individuel et le travail sont des valeurs qui comptent et ont fait partie de la tradition russe dans le passé, au XIXe siècle notamment. Mais pour qu’un changement de mentalités se produise, il faut une opportunité historique, comme à la fin des années 80. Nous n’avons pas su exploiter alors cette opportunité. De même, il convient de s’intégrer au courant culturel mondial : les dissidents soviétiques l’ont fait, aujourd’hui l’affaire me paraît plus ambiguë.

Jean-Christophe Buisson : Une plaisanterie court en Europe de l’est : « Qu’y a-t-il de pire que le communisme ? Ce qui vient après ». Etes-vous d’accord ?

Andreï Nekrassov : Oui, mais entre les deux, il y eut quelques belles journées de printemps, de « glasnost », qui resteront dans nos mémoires comme de grands moments de bonheur. Et l’espoir perdure de revivre un jour ces moments-là.

Entretien réalisé en septembre 2007

undefined
***

Fiche technique
Réalisation : Andreï Nekrassov
Scénario : Andreï Nekrassov et Olga Konskaïa
Productrice : Olga Konskaïa / Dreamscanner Productions
Montage : Andreï Nekrassov et Olga Konskaïa
Image : Markus Winterb
Caméra : Martin Winterbauer et Sergeï Tsikhanovich
Son : Matthias Schwab
Compositeurs : Vadim Kulitskii et Eicca Toppinen
Etalonneur : Philipp Grossmann
Une distribution : Haut et Court

***

undefined




présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Carolyn Martin-Occelli, Marion Tharaud, Martin Bidou et Christelle Oscar
logos, textes & photos © www.hautetcourt.com

Publié dans PRÉSENTATIONS

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article