* Capitaine Achab

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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Capitaine Achab aventure de Philippe Ramos

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avec :
Denis Lavant, Dominique Blanc, Jean-François Stévenin, Virgil Leclaire, Jean-Paul Bonnaire, Hande Kodja, Bernard Blancan, Mona Heftre, Philippe Katerine, Pierre Pellet, Jean-Christophe Bouvet, Carlo Brandt, Lou Castel et Jacques Bonnaffé

durée : 1h40
sortie le 6 février 2008

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Synopsis
1840. Qui aurait bien pu imaginer que ce jeune garçon lisant la Bible dans une cabane de chasse perdue au milieu des bois, deviendrait un jour capitaine de navire baleinier ?
Personne. Et pourtant, de mains tendues en coups reçus, Achab grandit et s’empare des océans. Devenu un capitaine redoutable, il rencontre une baleine éblouissante de blancheur…
Moby Dick.

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Entretien avec Philippe Ramos
- : A la sortie du film Moby Dick de John Huston, Eric Rohmer a écrit un article intitulé Les raisons d’un échec, expliquant en quoi le roman d’Herman Melville était inadaptable. Avez-vous lu cet article avant de vous lancer dans ce projet ?

Philippe Ramos : Oui. John Huston a choisi, avec courage et à ses risques et périls, de rester très proche de ce livre dont la majesté poétique est effectivement écrasante... En ce qui me concerne, il n’a jamais été question de faire une adaptation de Moby Dick. J’ai travaillé à partir d’un personnage du roman, le capitaine Achab, à qui j’ai inventé une vie. Sur les cinq parties du film, quatre sont une création pure, seule la cinquième partie intitulée Starbuck croise plus ou moins directement le livre de Melville.

- : Moby Dick est une oeuvre complexe, comment aborder un tel roman ?

Philippe Ramos : Face à la dimension cosmique qui traverse le livre, mon parti pris a été celui de l’intime. Si Moby Dick est le portrait d’un dieu, le cachalot blanc, mon film est le portrait d’un marin, Achab. Le titre original du roman est Moby Dick, or the whale… Et la baleine est effectivement le personnage central du livre, celui autour duquel tout tourne. Mon film, lui, pourrait s’intituler Capitaine Achab, or the man… C’est bel et bien l’homme qui m’intéressait et c’est une grande différence. La scène du géant sur la mer est très symbolique de ce choix : ce n’est pas la baleine qui est immense, c’est le capitaine !

- : Dans le roman de Melville, on connaît finalement peu de choses de la vie d’Achab…

Philippe Ramos : Ma première idée était de raconter, non pas une étape de la vie de ce capitaine comme c’est le cas dans Moby Dick, mais toute une existence, de la naissance à la mort : le plan d’ouverture du film est un gros plan sur le sexe de la mère, qui semble nous dire voici où tout commence… Et le plan de fermeture du film est un plan sur le ciel, qui nous dirait plutôt, voici où tout finit… Entre ces deux plans, un peu plus de quarante années de vie s’écoulent.

- : Dans votre film, et c’est là une différence fondamentale, Achab se donne la mort alors que chez Melville il meurt accidentellement…

Philippe Ramos : Dans Moby Dick, Achab meurt accidentellement mais sa quête était de toute façon suicidaire… Disons que j’ai affirmé de manière plus directe le fait de se donner la mort : tout à coup, pendant la chasse, il saisit la corde qui relie le bateau à la baleine et se laisse entraîner dans les profondeurs par le monstre. C’est un geste surprenant et, en même temps, Achab ne dit-il pas à ses hommes le soir de son long discours : Elle m’appelle et je vais la rejoindre. La raison de ce geste est difficilement explicable. Je crois que c’est un ensemble de faits, de paroles, inscrits ici et là dans le film, qui peuvent, réunis, donner une explication.

- : La mort est vue comme apaisante, avec cette belle forêt qui surgit tout à coup à la fin du film…

Philippe Ramos : J’ai voulu cette forêt comme une demeure où le guerrier termine sa vie : pour le capitaine Achab, cette forêt est, en quelque sorte, le valhalla. Starbuck dit que c’est ici qu’il trouvera le repos tant cherché, et il a certainement raison. On peut aussi voir cette forêt comme un paradis perdu : le lieu de son enfance, là où il aurait pu vivre aux côtés de son père.

- : Le destin d’Achab, tragique, est nuancé par la présence de nombreux autres personnages qui, eux, semblent réussir leur vie…

Philippe Ramos : Il était très important pour moi, de mettre en opposition le destin d’Achab avec d’autres lignes de vie. Alors, oui, certains d’entre eux réussissent leurs vies : Henry, qui est un salaud, parvient à obtenir ce qu’il veut… Le pasteur, qui est un homme bon, nous dit qu’enfant, il rêvait de parcourir le monde pour prêcher, et il y est parvenu… Starbuck est un homme qui s’est accompli… Rose découvre l’amour… Etc, etc… Le fait de faire parler chacun d’entre eux m’a permis de faire entrer le film dans des univers très différents et donc de donner une impression d’ensemble très vaste, très contrastée… A l’image d’une vie.

- : Le dernier des narrateurs, le marin, nous conte la fin d’Achab et la rencontre avec Moby Dick… Dans l’oeuvre de Melville c’est Ismaël qui fait office de narrateur, vous avez préféré Starbuck, pourquoi ?

Philippe Ramos : Pour cette dernière partie du film, j’ai travaillé à la fois avec quelques passages du roman et avec une histoire dont s’était inspiré Melville pour écrire Moby Dick. Un fait divers de l’histoire de la chasse à la baleine : un cachalot avait coulé un navire, l’Essex, seuls quelques hommes avaient survécu après avoir dérivé des jours sur leur barque. C’est de là qu’est venue mon idée de faire raconter l’aventure du Péquod par un naufragé. Ensuite pourquoi avoir choisi Starbuck comme narrateur ? Eh bien, peut-être pour suivre la construction générale du film avec l’idée que chaque narrateur doit se confronter directement à Achab. Dans le roman, Ismaël côtoie de loin le capitaine, Starbuck est toujours très proche de lui… Cette intimité m’intéressait.

- : Si on imagine la vie d’Achab à partir du roman de Melville, on le pense nourri de la mer dès son plus jeune âge, or, chez vous, c’est un petit garçon de la forêt qui un jour découvre la mer… Découverte sonore avant que d’être visuelle, où il croit d’ailleurs entendre le bruit du vent dans les arbres alors que c’est le ressac… D’où vient cette idée de faire d’Achab un enfant de la forêt ?

Philippe Ramos : Je pense que tout portrait que l’on fait est un peu un autoportrait. Lorsque j’ai voulu remonter le cours de la vie d’Achab, j’ai croisé la mienne… Je me suis lancé, en me disant que me raconter rendrait forcément le trajet d’Achab singulier. Alors oui, puisqu’on parle de la forêt, c’est vrai qu’elle a longtemps été mon domaine ou, pour parler comme un gosse, mon royaume.

- : L’action de votre film se déroule aux Etats-Unis, avez-vous imaginé tourner là-bas ?

Philippe Ramos : Non, mais avant le tournage de Capitaine Achab, j’ai fait un voyage de repérages dans le Massachusetts et l’Adirondak où est censée se passer l’histoire de mon film. Enfin, pas vraiment un voyage de repérages en vue d’un tournage, plutôt un voyage d’inspiration et de documentation. Et puis, aller à Nantucket ce n’est pas rien, c’est se rendre sur un lieu chargé d’Histoire, c’est se rendre sur un lieu mythique. Lorsque vous vous promenez dans les rues bordées des maisons des armateurs et des capitaines de navires baleiniers, c’est une expérience aussi intense que de monter au sommet de Notre-Dame de Paris ou de visiter les grottes de Lascaux.

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- : Qu’avez-vous rapporté d’essentiel au film, de ce voyage aux Etats-Unis ?

Philippe Ramos : Avant d’aller là-bas, j’avais une vision de mon film au travers du regard d’écrivains comme Melville, bien sûr, mais aussi Mark Twain ou Walt Whitman. De ce voyage, j’ai rapporté un sentiment : le sentiment de la terre américaine… Et ça, ça a été un trésor au moment où il a fallu que je parcoure la France et la Suède pour y transporter le monde américain du XIXème siècle. Je pourrais vous citer mille exemples dans les régions choisies pour le tournage où soudain, au détour d’un manoir du Cher, à l’entrée d’une vallée de la Loire, devant un ponton de bois sur l’île d’Orust, j’ai tout à coup senti à nouveau le goût des Etats-Unis dans ma bouche… Ça a vraiment fonctionné par réminiscences.

- : Au générique, vous avez, entre autres, signé les décors ce qui est tout de même assez rare pour un réalisateur… Est-ce dû à ce voyage préparatoire ?

Philippe Ramos : En partie, très certainement. Quant au fait de signer plusieurs postes, c’est peut-être paradoxal avec le cinéma qui est un art où la notion d’équipe est importante, mais j’aime le travail en solitaire. Alors, partir seul en repérage, choisir moimême les décors, m’est naturel. Durant cette approche intime des lieux, je rêve, je dessine, j’invente des décors : une grange devient un entrepôt à Whisky ; une ferme du centre de la France une blanchisserie de Nantucket ; le narthex d’une église se transforme en cabine de bateau du capitaine Achab… Ces promenades terminées, lorsque j’ai trouvé tous mes lieux, je les présente à une équipe en leur expliquant les transformations nécessaires. Je suis l’architecte, ils sont les bâtisseurs.

- : Dans vos films il y a une picturalité très affirmée. : cadres, composition des plans, lumière, Capitaine Achab n’échappe pas à cette règle…

Philippe Ramos : C’est effectivement fondamental dans mon cinéma. J’arrive très tôt sur le lieu de tournage avec mon carnet de dessins. Là, au calme, je dessine mes plans de la journée, je détermine les focales, les emplacements de caméra en mimant le jeu des acteurs. Quand l’équipe arrive, les choix sont faits. Ces moments de travail en solitaire sont à la fois des instants de très grande concentration et de pur plaisir de création : j’aime cette sensation d’être comme un peintre, seul face à sa toile.

- : Vous dites travailler en solitaire, mais à un moment l’équipe arrive !

Philippe Ramos : Oui et là commence une autre journée… Le décor est posé, le rideau se lève et les comédiens entrent en scène !

- : Et ils sont nombreux puisque votre film est un film choral…

Philippe Ramos : La forme du récit, avec ses différents narrateurs, impliquait la présence de plusieurs acteurs principaux, chaque partie étant comme un petit film en soi. Ce fut une belle aventure pour moi, de découvrir chaque début de semaine un nouveau comédien. Il fallait pouvoir oublier celui qui venait de partir et comprendre le nouvel arrivant… Seuls l’enfant et Denis Lavant faisaient le lien… Comme Achab d’ailleurs fait le lien entre tous les personnages du film.

- : Même si tous ne jouent pas ensemble, on a l’impression tout de même d’une unité dans vos choix…

Philippe Ramos : Peut-être est-ce parce qu’ils jouent presque tous beaucoup au théâtre : Denis Lavant, Dominique Blanc, Carlo Brandt, Jacques Bonnaffé, Mona Heftre… Je pense que le rapport très particulier, très fort, qu’ils entretiennent avec le texte, avec les mots, donne un caractère particulier au jeu. C’est cette singularité que je recherchais et que tous ces acteurs, ayant une grosse expérience de théâtre, ont apportée.

- : J’imagine qu’il n’a pas été facile de trouver un acteur pour interpréter un tel personnage que le capitaine Achab ?

Philippe Ramos : Au contraire, pour moi il y avait une évidence : c’était Denis Lavant. Denis est le premier comédien auquel j’ai pensé pour ce film. Il a été très tôt lié à ce projet. Son physique, sa voix, cette façon de s’investir totalement dans un rôle, tout cet excès qu’il promène quelque part autour de lui, cette fureur, comment ne pas travailler avec lui pour Achab ? Il fallait pouvoir tenir la réputation de ce personnage immense issu de l’oeuvre toute aussi immense qu’est Moby Dick.

- : D’où est venue l’idée de travailler avec Philippe Katerine ?

Philippe Ramos : J’aime ses chansons. Je savais qu’il aimait le cinéma et notamment un ou deux de mes courts métrages… Et puis Katerine en dandy XIXème, comment résister ? Après deux semaines de tournage en mer très difficiles, ce fut un bonheur de passer une semaine dans un manoir en sa compagnie… J’ai beaucoup, beaucoup, rigolé… Un peu trop d’ailleurs… La scène du mariage, je l’ai dirigée dans la pièce d’à côté avec un casque sur les oreilles et un retour vidéo, tellement je n’arrivais pas à garder mon sérieux.

- : Musique classique, pop, création originale… le style de la b.o. est très éclectique…

Philippe Ramos : La construction du film en cinq parties ouvrait les portes toutes grandes à une variété de styles, pourquoi se restreindre ? Les tons différents enrichissent le film, donnent du rythme, surprennent le spectateur. Et puis, je pense que le genre « film historique » a besoin d’être dépoussiéré en beaucoup d’endroits et notamment au sujet de la musique. Je suis toujours resté profondément marqué par le choix de Pasolini de mettre Louis Armstrong sur la scène des Rois Mages de son Evangile, par exemple.

- : Dans vos films, on trouve, et ce à plusieurs reprises, l’utilisation de la voix-off…

Philippe Ramos : Elle est devenue pour moi, mon outil narratif principal. La voix-off me permet de pouvoir faire penser les personnages à haute voix, et donc pour les spectateurs, de les découvrir dans une grande intimité. Et puis, ces voix-off, d’un point de vue esthétique, me permettent, avec les plans qui les accompagnent, de créer des sortes de livres d’images, où la liberté de découpage est quasi totale… d’où peut émaner parfois un peu de poésie.

- : Dans la scène d’ouverture de la partie «Anna», avec l’histoire de l’oeuf qui roule sur la table… Ou peut-être avec Achab géant sur la mer… Cet Achab géant est une image saisissante, comment a-t elle été réalisée ?

Philippe Ramos : Grâce à un trucage numérique… Mais cela aurait très bien pu être fait par une simple surimpression entre une image de fond de mer et une image d’Achab debout : procédé ancestral et tout aussi efficace ! Je ne tenais pas trop, pour ce film, à utiliser des images de synthèses. Pour le cachalot, j’ai eu des propositions dans ce sens, mais j’ai préféré prendre des images réelles… Ce sont des images du National Geographic, légèrement suréclairées pour donner l’effet d’un halot lumineux autour de l’animal.

- : Capitaine Achab est votre deuxième long-métrage, avez-vous le sentiment d’avoir franchi un cap ?

Philippe Ramos : A mes yeux, mon premier long métrage n’a été qu’une étape, exactement comme toute les premières fois, il m’a permis de me dire : voilà c’est fait !… Cette expérience vécue, j’ai abordé Capitaine Achab avec beaucoup plus de sérénité. Il me paraît être la vraie première pierre solide sur laquelle je vais pouvoir bâtir ma maison cinéma. Si je parle du point de vue de l’atelier, c’est-à-dire du point de vue du travail dans ce qu’il a de plus intime, Achab ouvre pour moi toutes sortes de pistes qui m’encouragent vraiment à poursuivre la route.

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Fiche technique
Scénario et réalisation : Philippe Ramos
Librement inspiré de l'oeuvre de Herman Melville – Moby Dick
Image : Laurent Desmet
Son: Philippe Grivel
Décors : Philippe Ramos, Christophe Sartori, Erika Von Weissenberg
Créatrice de costumes : Marie-Laure Pinsard
Maquillage : Danièle Vuarin, Matthias Dugué
Coiffure : Sandrine Masson
Montage : Philippe Ramos
Mixage : Philippe Grivel
Musiques originales : Pierre-Stéphane Meugé, Olivier Bombarda, Tonio Matias
Conseiller musical : Frank Beauvais
Directeur de Production : Fabrice Chevrollier
Productrice déléguée: Florence Borelly, Sésame Films (France)
Coproducteur : Olivier Guerpillon, dfm fiktion (Suède)
En coproduction avec : Arte France Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma, Film i Väst
Avec la participation de : Centre National de la Cinématographie, Institut du Film Suédois, Cinécinema, Sveriges Television
Avec le soutien de : Région Centre
En association avec : Arte Cofinoga 2
Distribution France : Sophie Dulac Distribution

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Fleur Delourme
logos, textes & photos © www.sddistribution.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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