* La ronde de nuit

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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La ronde de nuit historique de Peter Greenaway

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avec :
Martin Freeman, Emily Holmes, Michael Teigen, Toby Jones, Jodhi May, Nathalie Press, Eva Birthistle, Anna Antonowicz, Christopher Britton, Agata Buzek, Michael Culkin, Harry Ferrier, Jonathan Holmes, Adam Kotz, Adrian Lukis, Richard McCabe, Kevin McNulty, Rafal Mohr, Fiona O'Shaughnessy, Krzysztof Pieczynski, Gerard Plunkett, Nathalie Press, Andrzej Seweryn, Jochum ten Haaf, Hugh Thomas, Matthew Walker, Jonathan Young, Kacper Kasiecki, Robert Zalecki et Maciej Marczewski


durée : 2h05
sortie le 27 février 2008

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Synopsis
Amsterdam, 1642. Sur l’insistance de Saskia, son épouse enceinte, Rembrandt, célèbre peintre hollandais alors au sommet de son art et de sa gloire, accepte avec réticence une commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam. Ce tableau, La Ronde de nuit, deviendra l’une de ses oeuvres les plus marquantes.
En travaillant sur le projet, Rembrandt prend bientôt conscience de l’existence d’une conspiration : les puissants marchands d’Amsterdam manoeuvrent dans l’ombre pour s’assurer avantages et pouvoir dans ce qui est à l’époque la ville la plus riche du monde occidental.
Le peintre découvre par hasard un horrible assassinat. Déterminé à faire éclater la vérité, il bâtit méthodiquement son accusation à travers la peinture qui lui a été commandée. Il compte ainsi révéler le visage aussi sordide qu’hypocrite de la société hollandaise...
Mais sa chance tourne. Peu après la naissance de leur fils longtemps désiré, Saskia meurt. Les conspirateurs jurent de se venger de la toile accusatrice. Ils organisent la perte de Rembrandt, le discréditant peu à peu en Hollande et à l’étranger. Orchestrant sa ruine sociale et financière, ils chargent une femme, Geertje, de le séduire. Rien n’échappera à leur plan machiavélique, ni son fils, ni sa jeune maîtresse, Hendrickje...
La Ronde de nuit, chef-d’oeuvre téméraire et puissant, exceptionnel par son esthétique comme par son contenu, marque le couronnement de la carrière de Rembrandt, et provoque sa chute...

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Entretien avec Peter Greenaway
- : Comment l’idée du film vous est-elle venue ?

Peter Greebaway : Je crois que l’origine du projet remonte aux années soixante, lorsque je faisais mes études dans une école de beaux-arts à Londres. Tous mes professeurs encensaient Rembrandt, ce qui était une bonne excuse pour que je le déteste ! Mais de toute façon, la puissance de son influence ne peut être niée, donc il fallait que je réexamine les choses. Il existe évidemment de très nombreux peintres de valeur, plus ou moins connus de ceux qui s’intéressent un peu aux arts depuis la Renaissance. Cependant, Rembrandt occupe une place particulière. Il semble qu’il ait su jouer sur tous les bons tableaux - il a été démocrate, républicain, humaniste et presque post-féministe ; certainement post-freudien : il a peint des enfants avec des couches sales, des gens âgés et des filles ordinaires. Il ne cachait rien et il s’intéressait aussi je crois dans une certaine mesure au courant héroïque italien. Mais il y a quelque chose de familier chez cet homme. Vous n’avez pas besoin d’un doctorat de lettres classiques pour le comprendre. Son oeuvre exerce un attrait immédiat et a traversé quatre siècles - 2006 marquait son 400ème anniversaire. Mon peintre hollandais préféré est Vermeer, mais j’ai déjà fait Vermeer - cela peut paraître un peu arrogant, je vous l’accorde, mais j’ai fait des films et un opéra sur lui et j’avais le sentiment de devoir me tourner vers autre chose, vers celui qui, plus illustre que lui, est presque son contemporain. En tant que cinéaste, je pouvais me pencher sur les peintures de Rembrandt différemment et imaginer presque que le cinéma était un produit du XVIIème siècle. C’est un monde entièrement fait de lumière. Rembrandt commence par un écran noir - comme au cinéma - et il peint la lumière dedans. Comme le fait le cinéma. Une autre notion importante est celle d’une scène figée par un flash - beaucoup de ses toiles y font penser, notamment La Ronde de nuit. On a l’impression d’une image de vie figée. On retrouve la définition du cinéma comme un monde peint par la lumière, conçu comme des moments singuliers dans le temps. Rembrandt faisait déjà cela dans les années 1600 !

- : Quelle est la part des faits historiques dans votre film, et la part inventée ?

Peter Greebaway : L’Histoire n’existe pas, seuls les historiens existent... Que vous soyez Ridley Scott ou Walter Scott, vous savez que vous jouez une sorte de jeu avec l’Histoire, vous la façonnez, vous la manipulez selon votre bon plaisir. Je suppose que l’exemple suprême en est Shakespeare, qui a traité de façon complètement fausse tous les rois à commencer par Richard III... mais il n’écrivait pas l’Histoire, il écrivait de la fi ction destinée à divertir - tout en étant aussi bien sûr de la propagande politique. Je crois que d’une certaine manière, l’Histoire est une vaste opération de relations publiques !

- : Pouvez-vous nous parler de votre théorie sur la mystérieuse Ronde de nuit ?

Peter Greebaway : La Ronde de nuit, tableau peint en 1642, compte 34 personnages se précipitant dans ce qui ressemble à une vaste mêlée organisée. Ils ont l’air de se préparer à s’entraîner au maniement du mousquet, mais juste au premier plan, il y a un adolescent habillé d’un uniforme de soldat complet. Son visage est caché, on ne peut donc pas l’identifier. Il est en train de tirer avec son mousquet, ce qui serait un peu comme tirer un coup de feu dans la station de métro Piccadilly en pleine heure de pointe : une chose totalement stupide ! Il doit y avoir quelque chose d’important là-dessous, il doit y avoir une raison pour que Rembrandt ait peint cela, et je suppose que mon intérêt vient de là, de cette envie d’expliquer ce qui se passe. Pourquoi cet homme tire-t-il, quelle est son intention, où est allée la balle ? Les historiens ont déterminé qu’il y avait 51 éléments mystérieux dans cette peinture, et je dirais avec effronterie que ma théorie les résout tous d’un seul coup. C’est une sorte de scène du crime sur laquelle enquêteraient des experts. Si vous allez voir la toile originale au Rijksmuseum d’Amsterdam, il se pourrait qu’il y ait un avertissement de la police disant de ne pas trop vous approcher parce que vous risqueriez d’altérer des preuves ! Nous avons toutes les raisons de croire que Rembrandt était aussi un satiriste, il a peint quantité de toiles où il se moque des gens et de la tradition. Ce n’est donc pas comme si La Ronde de nuit était une aberration totale - il avait déjà fait ce genre de chose avant. Je me contente d’affirmer que ce tableau est comme un doigt accusateur, tel le J’accuse ! de Zola. Une accusation contre les très riches ploutocrates, les douze familles qui régnaient alors sur Amsterdam et y faisaient la pluie et le beau temps dans les années 1640. Au coeur de cette conspiration, tout le monde manoeuvrait pour s’assurer une meilleure position dans la société hollandaise. Au centre de tout, il y a un acte de violence, ce qui explique ce coup de feu. Dans les années 1640, Amsterdam était une ville qui cherchait à faire de l’argent. Elle sortait d’un long affrontement avec les Habsbourg d’Espagne et on pourrait presque dire, si on voulait à tout prix une analogie avec notre époque, que c’est un peu comme la Russie actuelle : les loups sont dans la bergerie, toutes sortes de gens font beaucoup d’argent rapidement, on ne pose pas de questions, il y a beaucoup de corruption, de coercition et de pressions. Il est presque certain que les douze familles d’Amsterdam tenaient la cité, concurrencées par les Juifs qui prenaient peu à peu l’ascendant. Je pense que les actes dont Rembrandt accusait ces gens n’auraient pas pu avoir lieu trente ans plus tard. Pendant à peu près deux générations, de 1600 à 1650, Amsterdam a vraiment été le centre du monde occidental riche, une ville puissante et très infl uente, où l’on faisait énormément de commerce avec la vieille Europe et vers le Nouveau Monde. Les Hollandais n’en parlent pas beaucoup, mais dans le centre d’Amsterdam, il y a une célèbre place appelée le Dam, et on pouvait s’y rendre chaque jour pour acheter des esclaves noirs. Cet endroit a été le centre du commerce des esclaves pendant au moins 80 ans.

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- : Quels sont les éléments avec lesquels vous vous identifiez le plus, chez Rembrandt et dans son époque ?

Peter Greebaway : Nombre de mes films, à commencer par Meurtre dans un jardin anglais, ont pour thème l’artiste outsider tentant de s’intégrer au sein de l’establishment, acquérant un vocabulaire et des manières qu’il ne sait pas utiliser, et gâchant tout. Dans Meurtre dans un jardin anglais, le personnage central est un peintre ambulant essayant de singer ses aînés et les membres de la bonne société. Il est vêtu de blanc quand tout le monde s’habille en noir et vice-versa. C’est le problème avec l’outsider. Je pense que Rembrandt en était un. Fils de meunier, il est originaire de Leyde, et non d’Amsterdam, et il essaie de se faire une place dans la société. Parce qu’il a énormément de talent et parce que - cela se fait toujours de la même façon - il rencontre les gens qu’il faut, il va très vite s’imposer auprès de pseudo - intellectuels. Il ne rencontrera les vrais intellectuels qu’après avoir peint La Ronde de nuit. Avant cela, toutes les personnalités riches et célèbres qui veulent faire réaliser leur portrait s’adressaient à lui parce qu’il avait un talent pour représenter les gens de manière positive et réaliste. Il ne flattait pas nécessairement ses modèles, mais les Hollandais étaient des gens pragmatiques qui aimaient se voir comme ils étaient. Il s’est donc enrichi très rapidement. C’est un phénomène fascinant que l’on retrouve dans toutes sortes d’activités, et c’est aussi vrai de Londres aujourd’hui que ça l’était d’Amsterdam dans les années 1640.

- : Quelles étaient les relations entre Rembrandt et les femmes qui ont compté dans sa vie ?

Peter Greebaway : Les liaisons de Rembrandt avec les trois femmes de sa vie sont de nature différente. La première est un mariage d’intérêt voulu par les familles. C’est un parent de Saskia qui présente Rembrandt à sa future épouse. Cet homme était marchand d’art, et Rembrandt était quelqu’un qu’il était bon d’avoir dans la famille parce qu’il représentait beaucoup d’argent. Il y a toutes les raisons de supposer - et je l’affirme dans ce film - que ce qui a commencé comme un mariage d’intérêt a évolué vers une bonne entente, qu’il y ait eu ou non de la passion entre eux. Saskia avait le sens des affaires, elle veillait sur la bonne marche de l’atelier de son mari ; elle était aussi bonne maîtresse de maison, ce qui n’est pas surprenant parce quelle était sophistiquée et avait de l’instruction. La deuxième liaison était, je pense, réellement un marché de dupes qui reposait sur une attirance sexuelle. C’était une pure question de sexe, comme si après la mort de Saskia, Rembrandt avait connu quelque chose qu’il n’aurait jamais pu expérimenter avec Saskia. La troisième était une relation sentimentale classique entre un homme plus âgé et une femme plus jeune - il y a vingt ans de différence entre Rembrandt et Hendrickje. Bien sûr, c’est une aventure sexuelle pour lui, mais elle cherchait de son côté une protection - il n’y avait quasiment aucun moyen d’être indépendante économiquement pour une femme à cette époque. Il y avait donc un bénéfi ce mutuel pour chacun d’eux. Ce qui est triste, c’est que tous les proches de Rembrandt, ses enfants et toutes les femmes de sa vie sont morts avant lui. Il a fini vieux, seul et pauvre, dans un tout petit appartement du sud d’Amsterdam, loin de la riche et grande maison qu’il avait eue autrefois dans les quartiers chics.

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- : Comment avez-vous créé visuellement le monde du film ?

Peter Greebaway : Nous ne disposions pas des budgets hollywoodiens qui permettent de cacher toutes les antennes tv des toits d’Amsterdam. J’ai déjà rencontré le problème sur beaucoup de films, et je n’ai jamais été convaincu que recouvrir les rues de sable suffise à créer un décor historique convaincant, quoi qu’en disent les décorateurs ! En voyant tout ce sable, on se demande forcément ce qu’il fait là, et ce qui se cache dessous. On cache toutes les gouttières, et immédiatement, mon oeil est attiré par elles... Je sais qu’on n’arrive jamais à convaincre totalement en procédant ainsi, alors je fais autrement. Nous avons choisi de tout puiser dans les peintures, qui reposent essentiellement sur le jeu de la lumière et des ombres. Des coins sombres, beaucoup de lumière douce, beaucoup de ténèbres, beaucoup de lumière artificielle... Nous avons construit nos images en grande partie en studio, ce qui leur donne un petit côté théâtral. Les personnages de Rembrandt dans La Ronde de nuit posent parce qu’ils veulent qu’on les regarde. Nous avons souhaité retrouver cet esprit, cette conscience de soi, dans nos images et le style de jeu des comédiens.

- : Comment avez-vous choisi l’interprète de Rembrandt ?

Peter Greebaway : Un grand nombre de films ont été faits sur Rembrandt mais il est toujours représenté comme un vieil homme affable. Je pense notamment au film de Charles Matton, Rembrandt, avec Klaus Maria Brandauer, Romane Bohringer et Jean Rochefort. Mais en 1642, Rembrandt n’a que 34 ans, il nous fallait donc un acteur plus jeune. C’est pour cela que nous avons choisi Martin Freeman. En plus, il y a même une certaine ressemblance physique.

- : Quels sont les principaux thèmes de ce film ?

Peter Greebaway : Le sexe et la mort. De quoi d’autre peut-on parler ? L’argent, peut-on ajouter, et je suppose qu’effectivement, l’argent rampe aussi dans le fond, mais l’argent peut toujours être ramené au sexe, pas la mort. On peut éviter l’un et payer pour l’autre, alors ce sont les deux seuls sujets qui comptent. Regardez le centre de la toile !

- : Parlez-nous du son et de la musique.

Peter Greebaway : J’ai délibérément évité d’essayer de trouver une musique contemporaine - j’entends par contemporaine celle de cette époque-là, 1642. Il n’y a pas vraiment de grands compositeurs hollandais. Cela fait longtemps maintenant que j’utilise la musique d’un compositeur italien nommé Giovanni Sollima. Sa musique est particulièrement appropriée à l’usage que je voulais en faire pour ce film.

- : Qu’aimeriez-vous que le public retire de votre film ?

Peter Greebaway : Je cherche d’abord à divertir les gens, mais j’espère le faire à plusieurs niveaux. Je ne veux pas que l’on considère ce film comme une polémique culturelle sur la condition des peintres au début du XVIIème siècle. C’est d’abord une histoire avec de l’empathie et de la sympathie. Voici un homme qui poursuit sa carrière malgré des obstacles considérables, et je suppose que l’on trouve dans son histoire à la fois la sagesse et la nature mortelle de l’homme. Pourquoi, réellement, vient-on au monde ?

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Fiche technique
Scénario et réalisation : Peter Greenaway
Directeur de la photographie: Reinier Van Brummelen
Décors: Maarten Piersma
Montage: Karen Porter
Costumes: Marrit Ven Der Burgt et Jagna Janicka
Musique: Giovanni Solamar
Casting: Tania Polentarutti, Weronika Migon, Corinne Clark et Peter Wooldridge
Directeur artistique: James Willcock
Producteur: Kees Kasander
Producteurs exécutifs: Grzegorz Hajdarowicz, Linda James, Paul Trijbits, Jamie Carmichael et Larry Sugar
Producteur associé: Kim Arnott
Co-production: Piotr Mularuk, Magdalena Napieracz, Christine Haebler et Carlo Dusi
Avec la participation de: The Polish Film Institute, de Nertherlands Film Fund, Rotterdam Film Fund, et de Media Plus Programme of the European Community
En association avec: Gemi Film Production et The Government of Canada Film Production Tax Credit

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de


remerciements à
Mathieu Piazza et Mounia Wissinger
logos, textes & photos © www.bacfilms.com
 

Publié dans PRÉSENTATIONS

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