* Taken

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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Taken action de Pierre Morel

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avec :
Liam Neeson, Maggie Grace, Famke Janssen, Xander Berkeley, Leland Orser, Jon Gries, David Warshosky, Katie Cassidy, Holly Valance et Nathan Rippy


durée : 1h25
sortie le 27 février 2008

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Synopsis
Que peut-on imaginer de pire pour un père que d'assister impuissant à l'enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C'est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n'a que quelques heures pour arracher Kim des mains d'un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris...

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Entretien avec Pierre Morel
Jean Sairien : Au moment d’attaquer le tournage de Taken, qu’aviez-vous envie de retenir de votre première expérience de mise en scène sur Banlieue 13 ?

Philippe Morel : S’il y a une chose commune à ces deux films - qui fonctionnent par ailleurs sur des moteurs radicalement différents - c’est le rythme de l’action. Banlieue 13 était un film purement basé sur l’action, qui se devait donc d’être sur-efficace. Et même si le fil conducteur de Taken faisait appel à un registre plus sensible, il fallait là aussi que les scènes d’action fonctionnent au maximum, que l’on soit pris dans la quête de Bryan jusqu’à en perdre haleine.

Jean Sairien : Effectivement, le film est marqué par la progression constante de son rythme : ce type d’accélération se travaille-t-il autant à la mise en images qu’à l’étape du montage ?

Philippe Morel : Même si beaucoup se joue au montage, le rythme doit être mis dès la prise de vues : on ne peut pas s’imaginer le rattraper plus tard. Je demande donc toujours aux acteurs de jouer vite, d’être le plus réaliste possible dans leur tempo. Quant à moi, je suis proche de la pile électrique dans ma façon de tourner, et je pense qu’une bonne partie de l’énergie du film vient de là. Si l’on a fait les choses en prenant son temps, on est obligé, au montage, de couper artificiellement ce qui dépasse, et l’on finit par perdre le rythme.

Jean Sairien : Taken flirte constamment avec les règles du genre, à commencer par son personnage principal : Bryan est en effet plus proche du has been que d’un James Bond…

Philippe Morel : Effectivement, tout l’intérêt du personnage réside dans le fait qu’il est décalé, fragile. Malgré son passé d’agent - que l’on découvre d’ailleurs tardivement - il est un père malhabile, une faiblesse particulièrement importante pour l’évolution du film : alors qu’on l’imaginait un peu ringard, Bryan, une fois qu’il se met en marche, se mue en machine de guerre. Mais il ne se transforme pas pour autant en James Bond : il se défend avec les moyens de son âge…

Jean Sairien : Avec quelles conséquences sur le travail des scènes d’action du film ?

Philippe Morel : Enormément de répétitions pour Liam Neeson, car je voulais qu’il fasse le maximum de choses lui-même, sans avoir recours à des doublures. Bien sûr, ce n’est pas lui qui saute du pont ni qui se jette sous les voitures, mais toutes les scènes de combat, c’est bien lui qui les a tournées, après avoir passé des heures à répéter ses chorégraphies. Le travail était d’autant plus exigeant pour lui que je ne voulais pas trop jouer sur les effets de caméra pour accélérer l’action : Liam avait vraiment appris à se battre très sérieusement.

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Jean Sairien : On prend vraiment conscience du basculement de son personnage avec la scène de torture, particulièrement violente : jusqu’où étiez-vous prêt à aller dans cette séquence ?

Philippe Morel : La scène est effectivement très violente visuellement, mais elle n’intervient pas n’importe quand dans le film : elle arrive au moment où Bryan vient de découvrir le cadavre de la meilleure amie de sa fille, morte d’une overdose. C’est là qu’il bascule : le côté obscur de la force se réveille en lui, son instinct de père l’emporte sur tout le reste, sans aucune retenue. Je voulais donc que la scène soit choquante, même si je me suis efforcé de rester soft.

Jean Sairien : La séquence de l’enlèvement via téléphone portable est le vrai point de départ du film : comment l’avez-vous préparée ?

Philippe Morel : On a commencé par tourner à Los Angeles, avec Liam Nesson : l’ensemble de ses réactions a été filmé en plan séquence, comme s’il vivait l’enlèvement en direct. Maggie Grace a eu la gentillesse de venir sur le plateau, et, depuis la pièce d’à côté, de jouer toutes ses répliques, jusqu’au cri de l’enlèvement proprement dit. Cela a permis à Liam de rebondir en temps réel, c’était assez magique. Cette chronologie m’a également permis de travailler de façon plus libre à Paris : autant je pouvais aménager l’enlèvement physique, autant j’avais besoin d’avoir les émotions de Liam en un unique plan, qu’il m’a d’ailleurs donné en à peine deux prises…

Jean Sairien : Liam Neeson est réputé pour sa concentration et son implication : vous confirmez ?

Philippe Morel : C’est effectivement un acteur très concentré : une fois que l’on a bien préparé la mise en place avec lui - il n’aime pas se retrouver bloqué par des déplacements mécaniques - Liam travaille avec des intentions très fines, il donne l’essentiel du jeu en peu de prises. Il était impossible d’envisager qui que ce soit d’autre pour le rôle. Liam est très exactement le personnage : une vraie force de la nature – il mesure 1m95 – et en même temps, un homme doté d’une grande douceur. En le voyant, on ne s’imagine pas la machine de guerre, mais on sent qu’il en a le potentiel !

Jean Sairien : Son expérience de la série télé se devinet- elle dans la façon qu’a Maggie Grace d’appréhender le plateau ?

Philippe Morel : Maggie est extraordinairement professionnelle : son expérience de la série fait qu’elle est habituée à travailler vite et beaucoup, avec une précision diabolique. Elle connaît tout du plateau et du jeu, c’est déjà une actrice très aguerrie.

Jean Sairien : Jusqu’à quel point votre expérience de chef opérateur se fait-elle encore sentir sur le tournage des films que vous réalisez ?

Philippe Morel : Il faudrait demander à Michel Abramowicz, l’autre chef opérateur du film ! Cela doit pas mal se sentir, car je n’arrive pas vraiment à lâcher la main. La preuve, je continue à cadrer moi-même mes films : je suis incapable de déléguer cette partie du travail, c’est devenu automatique pour moi. Mais si j’assurais en plus le poste de chef opérateur, cela deviendrait un peu limitatif ! J’avais toute confiance en Michel pour me nourrir de son expérience, nous avions longuement discuté du style d’image que je recherchais.

Jean Sairien : C’est-à-dire ?

Philippe Morel : Je ne voulais surtout pas d’une image stylisée ni d’un Paris cosmétique, mais plutôt obtenir un effet brut, qui ressemble au vrai Paris. L’idée était d’aboutir au résultat le plus réaliste possible, avec une image non-éclairée en quelque sorte.

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Jean Sairien : Cela n’a pas dû être évident au vu du nombre de scènes nocturnes que compte le film ?

Philippe Morel : Disons qu’il était compliqué d’éclairer sans que l’on sente l’éclairage. Du coup, dans les scènes de nuit, on a souvent opté pour une caméra numérique, dont le rendu est bien meilleur. Mais cela n’a pas toujours été possible, notamment pour la scène de chantier : elle est tournée en 35mm, car la caméra numérique ne supporte pas les chocs, et ça secouait pas mal !

Jean Sairien : Diriez-vous que Collateral, de Michael Mann, a ouvert la voie dans cette utilisation du numérique pour un meilleur rendu nocturne ?

Philippe Morel : Effectivement, le film est indéniablement une première tentative extrêmement réussie de tourner une nuit urbaine réaliste.

Jean Sairien : Le Paris du film est assez contrasté, entre lieux très connus et sites plus impersonnels, comme la porte de Clichy : quelle était votre envie au moment des repérages ?

Philippe Morel : Faire un Paris touristique sans l’être vraiment. Ne pas tomber dans les clichés habituels d’un personnage posant devant la Tour Eiffel ou au Trocadéro, mais faire en sorte qu’il soit reconnaissable par tous que l’action se déroule à Paris. On a donc cherché des endroits très parisiens, tout en évitant le côté carte postale. Quitte à se retrouver sur les Champs-Elysées le lendemain des élections présidentielles, sans avoir prévu que le nouveau président défilerait ce jour-là en bloquant la moitié du secteur ! On a dû tourner entre les barrières de crs

Jean Sairien : Comment aborde-t-on une figure imposée telle que la course-poursuite, qui n’est pas sans rappeler le morceau de bravoure de La Mémoire dans la peau ?

Philippe Morel : Tout le monde se rappelle effectivement cette poursuite sur les quais en sens unique. On s’est donc dit qu’on allait un peu compliquer les choses en tournant de nuit… et sans rien casser. Ou plutôt : on a cassé, mais pas à l’image ! Dans la mesure où il s’agit non pas de semer des poursuivants, mais de rattraper un bateau, on se moque un peu des dégâts : ce sont la maîtrise et la vitesse qui comptent.

Jean Sairien : Quelle était la principale difficulté de la scène finale sur la péniche ?

Philippe Morel : Le combat final a exigé beaucoup de prises, en raison de l’immense précision de l’exercice, mais aussi de l’impératif de sécurité. Pour que la scène fonctionne, il fallait que l’on voie des coups dangereux, des couteaux frôlant les visages. Et même si les lames n’étaient pas affûtées, beaucoup de répétitions ont été nécessaires pour obtenir cette perfection de placement dans un espace restreint.

Jean Sairien : Travaillez-vous à partir de story-boards ?

Philippe Morel : Je tourne à partir de story-boards… que je ne respecte jamais ! Je considère le story-board comme une base de réflexion qui me permet de communiquer avec les autres corps de métier, mais cela reste un support figé : sur le terrain, il s’agit de s’adapter à la réalité des choses. Et comme ce film n’impliquait pas une post production très compliquée - les explosions ont notamment été filmées en direct - j’ai pu me permettre une certaine souplesse.

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Fiche technique
Réalisateur : Pierre Morel
Scénaristes : Luc Besson et Robert Mark Kamen
Chef opérateur : Michel Abramowicz
1er assistant réalisateur : Fabien Vergez
Script : Isabelle Querrioux
Monteur : Frédéric Thoraval
Chef costumier : Olivier Beriot
Chef décorateur : Hugues Tissandier
Superviseur des effets spéciaux directs : Georges Demetrau
Coordinateur des cascades physiques : Philippe Guegan
Son : Martin Boissau et Alexandre Widmer
Musique : Nathaniel Mechaly
Producteur exécutif : Didier Hoarau
Post production : Eric Bassoff et Clara Vincienne
Affiche : Jeff Pour Ydéo
Impression : Graphic Union

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Claire Uhlhorn, Nicolas de Monplanet et Philippe Martin
logos & textes © www.europacorp.com
photos © Stéphanie Branchu
 

Publié dans PRÉSENTATIONS

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