* Coupable

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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Coupable policier de Laetitia Masson

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avec :
Hélène Fillieres, Jérémie Renier, Denis Podalydes, Amira Casar, Anne Consigny, Marc Barbé, Dinara Droukarova, Yasmine Belamdi, Yannick Renier, Camille De Sablet et Thierry Hancisse


durée : 1h45
sortie le 27 février 2008

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Synopsis
C'est l'histoire de Lucien Lambert, avocat ordinaire.
On lui propose un jour l'affaire de sa vie : défendre une femme, Blanche Kaplan, soupçonnée d'avoir tué son mari.
Visitant, une nuit d'insomnie, la maison désertée de sa cliente, il tombe sur Marguerite Marquet, la cuisinière des Kaplan. C'est une fille étrange, qui ne ressemble à aucune autre. Innocente ? Vraiment ? 
Un homme chaque nuit les observe. C'est Louis Berger, inspecteur de police.
Chacun cherche la vérité, chacun s'interroge sur l'amour.
Qui est coupable ?
Plus l'enquête avance plus le doute s'installe, plus le mystère s'épaissit…

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Entretien avec Laetitia Masson
- : Sous le réel, exactement

Laetitia Masson : Les premiers mots que l’on entend dans le film sont ceux de Michel Onfray, qui est écrivain et philosophe. Je l’ai interrogé sur sa vision de l’amour et, en quelques phrases, il a résumé les courants de pensée sur l’âme soeur, de Platon à aujourd’hui. Pour moi, ça pose le style du film qui, dès le départ, est à la fois dans le réel et dans une réflexion sur ce réel.
En fait, je filme le côté théâtral de la réalité. On pourrait parler d’une forme de stylisation, mais j’observe le réel, je le cadre, et j’y inscris des personnages romanesques. Le décor de l’appartement du couple Jérémie Renier / Amira Casar a été tourné dans un vrai HLM, la maison bourgeoise du couple Marc Barbé / Anne Consigny dans une maison du seul quartier bourgeois de la ville, la caravane des parents d’Hélène Fillières est la vraie caravane de vie des gens qui jouent les parents etc...
Il n’y a aucune lumière artificielle ajoutée dans le film. J’ai seulement regardé sous un certain angle, enlevé ou parfois ajouté certains éléments du décor pour préciser la personnalité des personnages. C’est ma façon de dévoiler à quel point le rapport amoureux est un théâtre ancré dans l’intime et dans le social.
Je fais du cinéma, pas de la littérature, et l’image doit, même de façon inconsciente, parler des personnages et de leur âme. Tout a un sens, la situation comme l’accessoire.

- : Noir, c’est un film noir

Laetitia Masson : Je suis très inspirée par les films noirs américains. J’aime le film de genre et l’idée de l’enquête, de la quête, est pratiquement dans tous mes films. Lorsqu’il y a un mystère à résoudre, des questions se posent et le but de tous mes films est d’interroger le spectateur. Je ne suis pas dans un rapport au public, c’est abstrait pour moi. Le film policier est une forme simple, un mode «mineur», qui me permet d’explorer des sujets majeurs.
Je n’ai pas envie de faire des films théoriques. Avec une enquête, on se laisse porter par le plaisir et les questions surgissent de manière impromptue, souvent par le biais de l’émotion. Cette émotion, j’essaye de l’utiliser aussi à l’inverse des clichés. Je préfère déstabiliser le spectateur plutôt que de jouer sur sa fragilité.

- : Lutte des classes

Laetitia Masson : Au quotidien, je vois la mise en scène que les gens font de leur propre existence, la mise en scène que le capitalisme fait de nos vies. Coupable est aussi un film social où il est question de lutte des classes. C’est pour cette raison que le choix du métier de mes personnages est important :
Marguerite est cuisinière dans une maison bourgeoise, Lucien est un avocat minable. Ils ont un rapport très fort à l’argent, et ça se répercute dans leur vie amoureuse.
C’est quelque chose dont je parle depuis mon premier film... L’être humain est un tout, et je constate qu’en politique on isole l’individu selon le contexte - son travail, son intimité - comme je trouve qu’au cinéma, les films qui parlent de sentiments ont très souvent pour cadre la bourgeoisie. Tout ça mène à trop de simplifications, or ce qui m’intéresse, c’est justement la complexité. Le film s’appelle Coupable : chaque personnage l’est potentiellement, parce qu’en chacun de nous, il y a un héros, un salaud, un meurtrier...
Le spectateur peut être déstabilisé, parce que je ne veux pas qu’il soit en empathie, mais dans une identification à des héros qui ont une part de négatif en eux. C’est important de reconnaître en chacun de nous une noirceur, de savoir la distancier et de vivre avec. Je me projette dans tous les personnages : même les plus antipathiques, parce que je comprends leurs failles et leur violence.

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- : Hélène

Laetitia Masson : Hélène est la première fille que j’ai filmée. Elle était l’héroïne de mon premier court métrage Nulle part. Elle n’était pas encore actrice. Mais je cherchais quelqu’un capable d’incarner un personnage rebelle, prête a tout pour ne pas vivre une vie banale, soumise. Je la trouvais extrêmement singulière, avec un corps et un visage d’une grâce unique, mais jamais accordée au monde, jamais apaisée, jamais adaptée.
J’avais besoin pour Coupable d’un personnage de la même famille, comme si ce film-là était la suite de l’autre et que l’on retrouvait le personnage d’Hélène quinze ans après. Toujours aussi extrême, toujours inadaptée, toujours en quête d’idéal. Un animal sauvage, comme dit d’elle le personnage joué par Denis Podalydès. Effectivement, Marguerite est effrayée par la vie, elle a un idéal beaucoup trop haut et se rêve en héroïne. Lorsqu’elle comprend qu’elle ne trouvera pas cet idéal, elle est décidée à saisir au vol tout moment de réconfort.
Si cette sauvagerie avait été jouée, le personnage aurait été faux. La présence d’Hélène, ou mon regard sur elle, ou les deux, font que je vois en elle ce personnage extrêmement romanesque que je poursuis de film en film, que j’ai imposé à d’autres actrices, mais qu’elle seule incarne si parfaitement.

- : Les acteurs

Laetitia Masson : Pour chaque personnage je cherche le même point de rencontre entre lui, l’acteur et moi. Chaque acteur du film est coauteur de son personnage. J’ai travaillé avec Jérémie, Amira, Anne ou Denis, de cette façon-là. Je les avais tous vus et aimés dans des films, mais je leur proposais à chacun quelque chose que je n’avais justement jamais vu d’eux. Leur engagement sur le film a été total et ce que j’avais ébauché dans le scénario s’est incarné grâce à leur compréhension du côté «double» des personnages. Avec Jérémie, on a joué la comédie pour dire le drame, avec Amira la sincérité d’une inspiration artistique pour dire l’insatisfaction, avec Anne l’illumination pour dire l’amour fou, et avec Denis le cynisme pour dire la fragilité.

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- : Des chiffres et des êtres

Laetitia Masson : Le film s’est fait dans des conditions économiques extrêmement réduites, ce qui, au lieu d’être une souffrance, m’a autorisé une liberté totale. Mais, sans l’aide des techniciens, rien n’aurait été possible : tous ont accepté de repenser leur métier hors des normes et hors des
protections. De mon côté, j’ai pu penser à mon rapport au spectateur non pas en terme de cible, avec une obligation de séduction, mais en cherchant, en expérimentant, en aboutissant à une proposition de cinéma.
J’ai voulu sortir de l’équation séduire, émouvoir, convaincre, en tentant de faire naître, parfois avec brutalité, des émotions complexes qui renvoient le spectateur à sa propre complexité. C’est pourquoi le film joue constamment sur les ruptures de ton, par exemple entre la sophistication de l’image et la rugosité du réel filmé, entre une grande fixité des cadres et un grand mouvement des sons, entre la banalité des vies et le romanesque des destins, le burlesque et le tragique.

- : Murat

Laetitia Masson : Il a lu le scénario et l’a compris mieux que personne, voyant avec clarté dans mes ténèbres. Je ne voulais pas qu’il adapte sa musique au film mais qu’il travaille librement - avec pour seule contrainte l’économie du film, ce qui n’est pas rien -, qu’il crée ce que le film lui inspirait. Ensuite, j’ai pris sa musique tantôt comme la musique de l’âme des personnages, tantôt comme celle de l’âme du film.
J’aurais du mal à me passer de ce rapport artistique avec lui, tellement sa musique accompagne ma vie et mes films, à chaque étape de leur création.

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Fiche technique
Réalisation : Laetitia Masson
Scénario, adaptation et dialogues : Laetitia Masson
Image : Antoine Héberlé
Son : Ludovic Escallier
1er assistant réalisation : Hadrien Bichet
Direction de production : Christian Paumier
Décors : Pascale Consigny
Chef monteuse : Aïlo Auguste
Mixeur : Cyril Holtz
Costumes : Carole Gérard
Maquillage, coiffure : Isabelle Nyssen
Production : Rezo Productions
Producteurs : Maurice Bernart, Jean-Michel Rey et Philippe Liegeois
Coproduction : Rhône Alpes Cinéma
En association avec : Soficinema 3
Avec la participation de : Canal + et de Tps Star
Avec la participation et le soutien : Centre National de la Cinématographie
Ventes internationales : Rezo World Sales

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logos & textes © www.rezofilms.com
photos © Rezo Productions

Publié dans PRÉSENTATIONS

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