* Mon führer, la vraie véritable histoire d’Adolf Hitler

Publié le par 67-ciné.gi 2008

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Mon führer, la vraie véritable histoire comédie de Dani Levy
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avec :
Helge Schneider, Ulrich Mühe, Sylvester Groth, Adriana Altaras, Stefan Kurt, Ulrich Noethen, Lambert Hamel, Udo Kroschwald, Ilja Richter, Katja Riemann et Meret Becker


durée : 1h35
sortie le 12 mars 2008
 
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Synopsis
1944-1945 : Adolf Hitler va mal, très mal. Il est déprimé et profondément vexé par cette guerre contre les Alliés, qui est quasiment perdue. Le ministre de la Propagande Joseph Goebbels tente alors désespérément de le remettre sur pied afin de lui faire tenir un grand discours à Berlin, « comme au bon vieux temps ». Mais pour cela, Hitler a besoin d’un coach pour le motiver.
Goebbels se souvient alors de Grünbaum, un professeur de théâtre juif qu’Hitler avait côtoyé dans sa jeunesse. Ce dernier, emprisonné dans le camp de concentration de Sachsenhausen, se voit immédiatement libéré pour refaire d’Hitler un véritable dictateur.
Au programme de sa remise en forme : des exercices de respiration ou encore quelques astuces psychologiques pour faire taire sa mauvaise conscience et lui redonner confiance…

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Entretien avec Dani Levy : un caléidoscope
Genèse
David Levy : Les idées ne me viennent jamais comme des éclairs mais restent pendant des années quelque part dans mon système. Ainsi, Hitler et les nazis me hantent déjà depuis longtemps. En tant que comédie. La préoccupation moralisante autour du passé, les films didactiques et explicatifs des dernières décennies ont laissé des traces chez moi aussi. Peut-être était-ce également cette envie de dissiper la ligne claire entre le bien et le mal qui est si volontiers perçue en tant que certitude. Moralement, on raconte rarement quelque chose de nouveau ; et je ressentais justement depuis longtemps déjà cette envie de transmettre quelque chose de nouveau me démanger.

Le scénario
David Levy : Tout concepteur de film a envie de redéfinir la frontière entre réalité et invention. C’est tout simplement inhérent à notre métier, à la forme que revêt notre art. J’aime bien inventer et je tiens pour stratégie légitime l’idée de déboulonner l’indéboulonnable en histoire. L’écriture du scénario fut pour moi un acte de libération. Il coula hors de moi. Bizarrement, je n’eus aucun scrupule à combiner le vrai avec le faux et à baser l’imagination sur la réalité historique. J’ai écrit le scénario très vite et à peine 6 mois après la première version, nous étions déjà en train de tourner. J’avais peur que les doutes qui m’assaillaient parfois ne prennent le dessus si j’attendais trop longtemps. A l’issue de la première version, j’ai parlé avec ma mère qui avait éprouvé en son corps même le nazisme en tant que juive berlinoise. Il fallait que je sache si elle avait face à ce projet un problème moral essentiel. Elle me répondit laconiquement : « Je ne veux pas entendre tes jérémiades si les critiques te tombent dessus à bras raccourcis ! »

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Réalite mise en scène
David Levy : En Allemagne, le travail cinématographique sur l’histoire se réclame essentiellement d’authenticité et de crédibilité. Mais je considère cette exigence qui consiste à vouloir qu’un film raconte la vérité – reconstituée de manière authentique et quasi identique avec les faits historiques- comme critiquable en soi. Cela se renforce encore plus avec la représentation cinématographique de l’Holocauste ; je trouve qu’il est presque mégalomane d’affirmer que l’on puisse le représenter de manière réaliste. Lorsque j’ai vu La liste de Schindler, j’étais convaincu que l’on ne pouvait pas faire quelque chose comme ça. Je sais que cela peut sembler dogmatique, mais je trouve que, face à des événements pareils, on ne peut pas en donner de représentation. Le film est une forme artistique qui nécessite une sorte d’aliénation, un niveau de réalité de substitution avant de pouvoir se rapprocher d’un thème aussi réellement indescriptible. Pour Mon führer, j’avais le sentiment que je devais inventer une vérité sur-réelle, qui soit pourtant palpable. Les contes expriment souvent des choses vraies sur notre réalité et notre psychologie.

Ouvreur de portes
David Levy : Je crois que le déclencheur le plus important fut positivement La vie est belle de Roberto Begnini. Un film qui a fait ce qui était interdit, qui s’est autorisé le non-autorisé. Lorsque j’ai vu le film, j’ai tout d’abord été perturbé ; mettre en scène une fable si fictive et poétique dans un camp de concentration, je trouvais cela renversant. Cette tradition de réalité sur-réelle existe depuis plusieurs décennies en Italie, y compris appliquée au fascisme. Sieben schönheiten de Lina Wertmüller par exemple. Ou bien Pasolini. En Allemagne de l’Est il existait une tradition narrative qui leur était propre et presque du domaine du conte, avec par exemple Jakob der lügner de Jurek Becker. Il existait donc beaucoup de sources d’inspiration.

Comédie
David Levy : J’aime la comédie. Dans le rire se situe un potentiel de savoir. Peut-être la comédie est-elle plus riche d’enseignement que la tragédie, je ne sais pas. On se rapproche peut-être plus d’une vérité politique ou psychologique avec l’humour qu’avec une représentation sérieuse. La comédie peut exagérer, aggraver, peut donner à voir la contradiction et l’absurde. L’amusement fâché que je ressentais en faisant le film se nourrissait de la liberté qui consistait à démonter ces figures à l’envi. Chacun d’entre nous sait ce que les dirigeants Hitler, Goebbels et Himmler ont initié. On ne peut pas ironiser sur leurs faits, sur leurs actions ; elles sont trop effroyables. Mais on peut adopter la posture psychologique qui consiste à les faire tomber du socle de la monstruosité. J’ai l’espoir qu’une comédie offre la possibilité de disséquer ces figures, d’explorer leur âme et d’apprendre ainsi quelque chose sur la texture psychologique de cette époque.

Paul Devrient et Alice Miller
David Levy : L’imagination se construit à partir de composants de réalité. Elle fraye de manière créative avec elle. Ainsi ce sont deux faits réalistes et historiques qui ont inspiré l’histoire de Mon führer. Il y a quelques années on a réédité le livre du professeur de théâtre d’Hitler, Paul Devrient, Mein Schüler, Adolf Hitler (Mon élève, Adolf Hitler). Lorsque j’ai entendu parler de ça pour la première fois, il m’est apparu clairement qu’il y avait là un sujet pour une comédie. L’idée que quelqu’un soit venu exprès pour aider Hitler à parler, à respirer, à s’exprimer, a donné des ailes à mon imagination. Et, faire de Devrient le juif Grünbaum en ouvrant le calendrier à décembre 1944 ne constituait qu’un petit pas de plus sur le chemin de la fiction. Dans la tradition juive, le professeur de théâtre devient petit à petit un psychiatre. Les heures de cours deviennent des heures de thérapie. Et cela nous amène à ma deuxième source d’inspiration, Alice Miller. Dans son livre Am Anfang war Erziehung (Au commencement était l’éducation), il y a un chapitre sur l’enfance d’Hitler. Une troupe de théâtre suédoise en avait tiré une pièce mise en scène à Stuttgart par mon ami Holger Franke. Lorsque j’ai commencé à écrire le scénario, j’ai ressorti le livre de Miller. La théorie qui y est décrite m’a pour ainsi dire coupée le souffle. Elle décrit le rapport direct entre ce qui a été vécu dans la petite enfance et ce que l’on reproduit irrémédiablement à l’âge adulte. Hitler était une personnalité dédoublée ; il était maniaco-dépressif, impuissant sexuellement et émotionnellement hautement estropié. L’Allemagne fut donc dirigée par une personnalité totalement irresponsable et la pédagogie noire de cette époque a eu une influence directe sur le nazisme, j’en suis persuadé.

L’« enfance difficile » d‘Hitler
David Levy : Ce n’est bien sûr pas l’esprit du film d’expliquer Hitler par son enfance « difficile ». C’est extrêmement banal et pourtant pertinent. On sait bien maintenant que l’atrophie psychique est une des causes principales du crime. Ce qu’il y a de plus intéressant là-dedans, c’est la thèse selon laquelle les méthodes d’éducation et de sanction de cette époque auraient été une base importante du caractère systématique de l’action nazie. Alice Miller, qui s’appuie d’ailleurs sur la biographie très documentée de Joachim Fest, fut pour moi la base sur laquelle s’appuie la comédie. Je ne veux pas me rattacher de manière monolithique à ses thèses, mais je les trouve néanmoins riches d’enseignement.

Humour
David Levy : On peut faire de mauvaises plaisanteries sur des êtres positifs ; mais on peut faire des plaisanteries encore plus mauvaises sur des êtres mauvais. C’est toujours pour finir une question de bon goût. Et l’humour est aussi une question de culture et une affaire personnelle. Si je tourne une comédie, je dois bien avoir conscience que je vais contenter les uns et fâcher les autres ; que les uns souhaiteraient un humour encore plus marqué, encore plus sauvage, d’encore moins bon goût, alors que pour les autres, la dose supportable est déjà dépassée. Et justement avec le Führer, la hauteur de la chute est inévitable. Je ne peux que faire confiance à mon goût et à celui des êtres en qui j’ai confiance. L’humour peut faire mal, il peut provoquer le spectateur. Mais, rire de la douleur peut aussi être salvateur.

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L‘humour juif
David Levy : L’humour juif est impitoyable d’une manière insolente vis-à-vis des personnages sympathiques ; et dans le même temps, il peut être presque conciliant avec les personnages ennemis. J’ai grandi dans une famille très ironique et très auto-ironique. Il n’y avait pas de tabou ; on faisait de mauvaises plaisanteries sur les autres, mais aussi et surtout sur soi-même. Cela m’a certainement marqué. Je dois dire que souvent je trouve l’humour juif non pas drôle, mais triste. Un désespoir mélancolique lui est inhérent. C’est justement ce mélange qui m’attire. L’effarement se dissout dans le rire, le comique est en fait mortellement triste. J’ai longtemps bataillé pour savoir si je devais faire du personnage de Grünbaum un personnage de comédie, et me suis décidé pour le contraire. J’avais le sentiment que si je construisais ce personnage avec la même ironie que les personnages de Alles auf Zucker !, j’encourrais le risque que tout s’étiole. Je veux dire par là que l’humour a besoin d’une cible, et il faut se décider pour savoir sur qui on tire.

Helge Schneider
David Levy : Le fait de choisir Helge Schneider pour incarner Hitler était une décision intuitive, je devrais peut-être même parler d’inspiration. C’est un fait que, déjà en écrivant, je me le représentais en Hitler et que cette idée me plaisait, sans même le connaître. J’ai ensuite cherché son numéro de téléphone et je l’ai appelé. Dès notre première conversation, il est apparu clairement qu’il voyait justement un intérêt à ce projet parce que cela ne serait pas un film à la Helge Schneider, et pas non plus un personnage à la Helge Schneider. Bien que nous ne puissions pas être plus fondamentalement différents l’un de l’autre, j’avais le sentiment de parler à un ami. Nous nous sommes rencontrés, avons fait des essais et j’ai vu un acteur qui d’une manière absolument pas contrainte se coulait dans le personnage du Führer. Cela m’a tout de suite convaincu. Au cours de la préparation du film, l’idée a émergé de transformer Helge en Hitler également au niveau de la physionomie. Il savait pertinemment ce que cela signifiait : passer tous les matins trois heures au maquillage par exemple ; mais il a tout de suite été convaincu par l’idée du masque, il pensait que cela le protègerait. Pendant le tournage je fus étonné par sa clarté et son professionnalisme. Il avait endossé le personnage de Hitler comme un musicien, comme une partition qu’il jouerait maintenant sur un piano à la Hitler. Il n’a jamais tenté de jouer moralement le personnage, il l’a simplement représenté de la manière la plus réaliste possible, et pourtant d’une manière très personnelle. Ce mélange particulier de représentation réaliste et d’humour anarchiste, lui a, je trouve, tout à fait réussi.

Ulrich Mühe
David Levy : Ulrich Mühe était un comédien très calme, doux et étonnant. Ses beaux yeux m’ont toujours ému. Un jour je suis tombé sur un film où Ulrich jouait un double rôle : Goebbels und geduldig. Il y interprète Goebbels et son sosie juif. Comme je l’ai déjà dit, par rapport à Hitler et Goebbels, je me représentais le personnage d’Adolf Grünbaum comme beaucoup moins acéré. Il s’agit de notre personnage d’identification. Cela signifie que j’avais besoin d’un acteur qui puisse émouvoir le public tout en étant convaincant en tant que héros de comédie. Il me fallait quelqu’un qui puisse jouer du comique de situation sans jamais oublier pour autant qu’il était un petit juif en danger de mort dans le QG des nazis. Or, avec Ulrich, on pouvait expérimenter toute la gamme du comique. De l’humour clandestin au jeu jargonnant, il contrôlait très bien ses moyens d’action. Le plus difficile dans son rôle, c’est le mélange entre la force et la faiblesse. Grünbaum ne doit jamais oublier qu’il à affaire à Adolf Hitler et à Joseph Goebbels et pas à des personnages de comédie. Cela peut paraître banal et pourtant c’était là un des défis majeurs. D’un autre côté, Grünbaum doit montrer l’intelligence, la roublardise et également le courage que j’attends de lui en tant que spectateur. C’est pour cette raison que j’avais besoin d’un acteur qui prenne sur lui et assume de jouer la faiblesse de son rôle. Le devoir moral face auquel se trouve Grünbaum correspond à la question de savoir si un juif peut fonctionner en tant que professeur d’Hitler, et si oui de découvrir les contraintes qui en découlent.

La patrie germano-juive
David Levy : J’ai une distribution telle que je l’avais rêvé. Encore une expérience qui montre combien d’acteurs extraordinaires il y a en Allemagne. Des acteurs avec un humour sec, original, auto-ironique. C’était un pur plaisir de voir l’ensemble que cela formait. Sylvester Groth en Goebbels est pour moi une grande découverte. D’une certaine manière, la comédie intelligente sommeille dans des centaines d’acteurs en Allemagne, même chez ceux qualifiés de sérieux. Le cliché selon lequel les Allemands n’auraient pas d’humour est pour moi une erreur fondamentale. C’est ici que je me sens le plus en phase avec mon humour – et il en va de même pour mes ancêtres.

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Fiche technique
Scénario et réalisation : Dani Levy
Direction photo : Carl-F Koschnick
Direction photo maquettes : Carsten Thiele
Décors : Christian Eisele
Maquettes et effets spéciaux : Frank Schlegel
Costumes : Nicole Fischnaller
Maquillage : Gregor Eckstein et Jeanette Latzelsberger
Musique originale : Niki Reiser
Production : Stefan Arndt
Direction production : Marcos Kantis
Production executive : Peter Hartwig
production : Y Filme
en co-production avec : X Filme, Wdr, Br et Arte
distribution : Jour 2 Fête
attachées de presse : Blanche Aurore Duault et Stéphane Ribola de Miam

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements
à Etienne Ollagnier et Sarah Chazelle
logos, textes & photos © www.jour2fete.com
 

Publié dans PRÉSENTATIONS

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