* Afterschool

Publié le par 67-ciné.gi 2008











Afterschool drame de Antonio Campos

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avec :
Ezra Miller, Jeremy White, Emory Cohen, Michael Stuhlbarg, Addison Timlin, Rosemarie Dewitt, Lee Wilkof, Paul Sparks, Bill Raymond, Gary Wilmes et Christopher Mccann


durée : 1h46
sortie le 1er octobre 2008

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Synopsis
Robert, étudiant américain dans un prestigieux cours préparatoire de la côte Est, filme par hasard la mort tragique de deux camarades de classe. Leurs vies deviennent le sujet d’un projet audiovisuel conçu par la direction pour accélérer le processus de deuil collectif. Mais ce projet crée une atmosphère de paranoïa et de malaise parmi les étudiants et les enseignants.


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Antonio Campos : « Mon désir serait que le spectateur regarde Afterschool avec l’esprit ouvert, puis qu’il quitte la salle en se posant des questions sur notre société et sur ce jeune homme. »

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Avant-propos
Antonio Campos : « Avec Afterschool, j’ai voulu poser un regard sur une communauté qui, au fil du temps, s’est habituée à une existence excessivement, anormalement protégée, et qui doit soudain faire face à l’énorme séisme psychologique provoquée par une mort violente, survenue à l’intérieur de leurs murs.. Un petit groupe de personnes qui doit soudain faire face à l’énorme séisme psychologique qu’une mort violente, survenue à l’intérieur de leurs murs, va provoquer. Le personnage de Robert, un jeune garçon habité par les contradictions anxiogènes de l’adolescence, véhicule l’idée que l’isolation et la sécurité offerts par le campus sont soudain remis en cause par la tragédie. Mon désir serait que le spectateur regarde le film avec l’esprit ouvert, puis qu’il quitte la salle en se posant des questions sur notre société et sur ce jeune homme. Si l’un d’entre eux finit par obtenir des réponses concrètes à ces questions, alors qu’il me contacte : je suis moi-même en quête de ces réponses ! Afterschool a démarré comme l’histoire d’un jeune homme observé à travers le prisme de l’adolescence, ses angoisses, ses obsessions. Un jeune homme qui serait témoin de la mort de deux jeunes filles dans l’environnement feutré d’un pensionnat d’élite. Je vivais à Paris pendant l’écriture du film, et tandis que je me torturais à essayer de savoir qui était vraiment ce garçon, j’ai décidé de parler de moi à travers lui. Mes idées viennent souvent de mes propres angoisses, de mes propres peurs ou colères. En d’autres termes, tout ce que j’essaie vaillamment de dissimuler au quotidien mais qui, sous la forme d’un film, devient beaucoup plus facile, pour je ne sais quelle raison, à partager avec le reste du monde. J’ai écrit le personnage de Robert de façon à ce qu’il porte tous ces sentiments en lui, mais c’est seulement quand j’ai ajouté à l’équation ma passion pour le cinéma que les choses ont vraiment commencé à faire sens. Je ne voulais pas que Robert soit un cinéaste-né, ni même un cinéphile. Je voulais simplement qu’il éprouve une fascination viscérale à observer, à scruter la réalité, et, comme moi, à éprouver le désir profond de faire partager avec ceux qui l’acceptent, les images dont il est le témoin. »


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Entretien avec Antonio Campos
- : « Le style visuel »

Antonio Campos : « En 2004, j’ai réalisé un court-métrage, Buy it now, qui racontait comment une adolescente mettait sa virginité aux enchères sur eBay. L’idée était un film traitant d’Internet, de la drogue chez les adolescents, de l’incommunicabilité parents/enfants et du prix à payer pour la négligence et l’apathie des parents. A l’époque, plusieurs films pour ados dans la plus pure tradition Mtv sont sortis et racontaient des événements similaires se déroulant dans des cadres similaires. Mais j’ai détesté ces films au montage hystérisant, noyés sous les effets musicaux. La seule chose qui m’intéressait, c’était le jeu des comédiens. J’ai alors décidé de réaliser moi-même un film sur les adolescents, mais en faisant exactement le contraire de ce que j’avais vu dans ces films. Au lieu d’avoir recours à un montage serré et à une bande musicale omniprésente pour restituer la confusion de l’adolescence, j’ai préféré regarder un adolescent angoissé dans une pièce, deux gamins en train de discuter ou la conversation ininterrompue entre une mère et sa fille. Et ça m’a plu. J’ai beaucoup aimé regarder ces gens.
Pendant le tournage, j’avais pris pour principe de ne jamais accélérer le rythme d’une scène, ni de multiplier les angles de vue. Pour moi, il y a une forme de beauté à ne voir des personnages exister qu’à partir d’un point de vue, d’un cadre uniques. Et j’ai toujours été intéréssé par l’écriture d’un scénario qui permettrait aux comédiens de vivre à l’intérieur de ce scénario. Il faut simplement être capable de trouver l’angle idéal, puis donner aux comédiens le temps et le luxe d’aboutir à une situation de pure authenticité. On croit toujours que plus la caméra bouge, plus les images sont
sales, plus on est dans le réalisme. On associe souvent cette méthode de filmage au documentaire. Je ne me suis jamais reconnu dans cette méthode. Dans le documentaire, on utilise la caméra à l’épaule pour se donner la liberté de saisir tout ce qui se déroule dans un espace donné, et c’est la forme qui dicte le style. En ce qui me concerne, j’ai toujours considéré qu’un plan fixe est beaucoup plus proche de ma manière de voir le monde. »

- : « Les décors »

Antonio Campos : « Il n’était pas question de faire un film sur l’école américaine car Afterschool se déroule dans le cadre beaucoup plus restrictif des prep schools (établissements d’enseignement supérieur qui préparent à l’entrée aux grandes universités). Je ne peux m’en tenir qu’à ma propre expérience d’étudiant dans une école privée internationale du même genre, mais qui ne fonctionnait pas en internat. C’était un endroit de forte mixité d’une part pour son côté international, mais aussi parce que de nombreux étudiants, comme moi, y avaient eu accès grâce à une bourse. J’avais remarqué qu’une certaine hypocrisie régnait au sein de l’administration, qui donnait l’impression de traîter certains étudiants différemment selon le statut social de leur famille. Et la plupart des amis que je me suis fait là-bas en sont sortis avec un regard sur la vie empreint d’un grand cynisme. »

- : « Internet »

Antonio Campos : « Je ne vais certainement pas mettre sur le dos d’Internet tous les maux de notre société. C’est un reproche que j’adresserais aux gens eux-mêmes. Pour moi, regarder les vidéos virales dont s’abreuvent YouTube et les sites du même genre, ce n’est pas un problème en soi. Certaines de ces vidéos disent d’ailleurs des choses très vraies. En les regardant, on observe avant tout le comportement des autres. Et quand on est un minimum objectif, on comprend vite que la fascination que l’on éprouve vient du fait que, quelque part, c’est soi-même que l’on regarde. »

- : « Points de vue »

Antonio Campos : « Le point de vue du film est, techniquement, mon propre point de vue, mais d’une certaine manière, c’est aussi celui de Robert. Un film est un film, il y a toujours quelqu’un derrière la caméra, même quand on ne le voit pas. Quand on regarde une vidéo amateur sur le net, la dernière chose à laquelle on pense, c’est l’identité de celui ou celle qui filme cette bagarre entre filles, ou pourquoi il ou elle n’a pas essayé d’arrêter cette bagarre, à quel moment peuvent-ils bien se dire : Je dois filmer ça ?. Ce qui fascine dans ces vidéos, c’est l’action, pas les circonstances. Dans Afterschool, j’ai délibérément joué avec les points de vue. Quand on voit Robert en train de regarder les jambes de la prof, c’est aussi mon point de vue de réalisateur. Parfois, je décidais de pointer la caméra vers tel ou tel endroit dont je savais qu’ils seraient ceux que Robert regarderait s’il le pouvait. »


- : « Angoisses adolescentes »

Antonio Campos : « J’ai le sentiment que si je m’étais embarqué sur ce film avec l’idée d’en faire un film existentialiste sur les ados, ça n’aurait pas fonctionné. Cependant, pendant la phase de montage, j’ai compris combien les idées de l’existentialisme, les écrits de Sartre ou L’Etranger de Camus, avaient eu de l’influence sur moi. J’ai passé les dix dernières années à faire des courts métrages sur l’adolescence – mon tout premier s’intitulait Puberty –, j’ai donc toujours axé mon écriture sur les émois qui en sont les fondations. J’aime écrire des histoires dont les personnages sont en mutation, en plein questionnement sur le sens que leur vie doit prendre. C’était d’autant plus intéressant sur Afterschool que j’ai passé l’intégralité de la fabrication de ce film, montage y compris, à essayer de comprendre qui était réellement Robert. Même maintenant que le film est terminé, je ne sais pas si je le comprendrai jamais. Je sais simplement qu’il y a beaucoup de moi en lui, et vice-versa. Robert est en quelque sort un test de Roschasch vivant, il est ouvert à toutes les interprétations. Je n’ai pas non plus essayé de faire un film sur la mort. Je me dis que si Bergman n’a pas pu en résoudre l’énigme, ce n’est pas moi qui trouverais la réponse dans mon premier film ! Ce qui m’intéressait davantage, c’était de voir comment, en tant qu’être humain, on est armé pour affronter la mort. Pas la mort d’un proche ou d’un parent, mais celle de quelqu’un que l’on connaissait peu ou mal, dont on n’était pas forcément ami. La perte est forcément triste, voire choquante, mais le sentiment est aux limites de l’indéfinissable. On ne sait pas ce que l’on ressent. »

- : « Frederick Wiseman »

Antonio Campos : « Il y avait eu une rétrospective des films de Wiseman à Paris, j’avais essayé d’en voir l’intégralité. J’aime la multiplicité des personnages dans ses films, et comment, à la fin de n’importe quelle séquence, on a l’impression de les connaître, bien qu’il ne semble jamais trop vouloir s’attarder sur les uns ou les autres. Dans ma vie quotidienne, j’aime observer les liens qui se créent entre les personnes, regarder le fonctionnement des institutions, ceux qui y évoluent et comment ils sont, en quelque sorte, façonnés par ces institutions. Le film de Frederick Wiseman High School a été très important pour moi pendant que j’écrivais la première version d’Afterschool. D’ailleurs, si le prof d’audio-visuel dans le film s’appelle Wiseman, ce n’est pas pour rien. D’une certaine manière, j’ai l’impression d’avoir tourné Afterschool comme un documentaire. J’avais beaucoup observé la manière dont les profs parlaient aux élèves dans High School, comment ils les réprimandaient et comment ils instillaient la morale de l’époque et les valeurs de l’école dans les moindres conversations. J’aime particulièrement le fait que le film soit surtout à base de dialogues mais qu’en même temps, on n’ait jamais le sentiment d’une vraie communication. Les adultes parlent sans laisser aux ados le temps de s’exprimer, ces derniers sont obligés de se taire et d’accepter leur punition. Dans ce film, adultes et adolescents ne se rencontrent jamais vraiment.Un autre film de Wiseman qui a été crucial pour moi, c’est Near Death. Il s’agit d’un magnifique document sur la manière dont les gens parlent de la mort en général, avec ces expressions familières, ces clichés qui reviennent sans cesse quand on s’exprime sur la mortalité ou sur le sentiment de perte. »

- : « Le casting »

Antonio Campos : « Nous avons vu beaucoup d’enfants pour Afterschool. Ce n’était que des comédiens professionnels, ce qui, d’une certaine manière, était un plus grand défi encore parce que je ne voulais pas de jeunes comédiens dans le sens traditionnel du terme. Je me dois de citer mes deux directeurs de casting, Susan Shopmaker et Randi Glass, qui ont le regard très aiguisé et connaissent de très nombreux comédiens de talent à New York. Etablir le casting d’Afterschool a été une étape de longue haleine, mais pas forcément dure car j’ai souvent vu défiler des jeunes gens très doués. En général, je cherche des comédiens qui, à mes yeux, sont proches des personnages, ou tout du moins, seront capables d’en être proches face caméra. Ezra Miller, le jeune garçon qui interprète Robert, est un acteur professionnel, mais c’était son tout premier film. Pour les adultes que l’on voit, j’avais déjà travaillé avec la plupart d’entre eux auparavant. Les autres, on les a trouvés... comme on a pu. Ce qu’il y a de plus difficile quand on travaille avec de jeunes comédiens, c’est de trouver des parents qui soient assez intelligents pour comprendre que mon but n’était pas d’exploiter leurs enfants, au vu de la teneur du scénario. La plupart des parents préfèrent ne pas savoir ce que font leurs enfants en leur absence, mais refuseront qu’il figurent dans un film où l’on se drogue, où l’on a des rapports sexuels et où l’on se masturbe (car il est bien évident que les adolescents ne se masturbent pas). »


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Fiche technique
Réalisation : Antonio Campos
Scénario : Antonio Campos
Montage : Antonio Campos
Son mixage : Bloomberg
Mixage son : TTT
Musique : Rakotondrabe Gaël
Décors : Kris Moran
Assistant caméra : Joe Anderson
Costumier : Catherine Akana
Casting : Susan Shopmaker C.S.A. & Randi Glass
Directeur de la photographie : Jody Lee Lipes
Producteurs délégués : Andrew Renzi, Victor Aaron, Susan Shopmaker et Rose Ganguzza
Producteurs : Josh Mond et Sean Durkin
Production : Bordeline Films
En association avec : Hidden St.Productions


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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Marie-Christine Fontaine et Maryline Maia
logos, textes & photos © www.ctvint.fr

Publié dans PRÉSENTATIONS

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