* Les insoumis

Publié le par 67-ciné.gi 2008












Les insoumis policier de Claude-Michel Rome


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avec :
Richard Berry, Pascal Elbé, Zabou Breitman, Aïssa Maïga, Bernard Blancan, Guilaine Londez, Moussa Maaskri, Fred Saurel, Gérald Laroche, Jean-Louis Loca et Aure Atika


durée : 1h40
sortie le 11 juin 2008

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Synopsis
Usé, brisé, grillé, Drieu est un policier en fin de parcours. Ce mystérieux capitaine de la Brigade de Répression du Banditisme se retrouve muté dans un commissariat de province isolé promis à une rapide démolition.
Là-bas, plus personne n'y croit. Le commissaire Vasseur et son équipe, Jean Ba, Wazeme, Manu et Kathia, sont démotivés. Le laxisme et la désillusion font le jeu de la pègre locale, qui prospère en toute impunité.
Entre l'envie d'en finir avec lui-même et celle de se battre pour sa propre survie, Drieu remarque pourtant certains détails troublants au milieu des misérables affaires en cours. Peu à peu, presque sans le vouloir, il va mettre au jour ce que plus personne ne voulait voir. Bientôt, d'autres que lui vont espérer que sa vie s'arrête. Pour chacun, l'heure des vrais choix approche...


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Rencontre avec Claude Michel Rome, scénariste et réalisateur
- : D'où vous vient votre envie de cinéma ?

Claude Michel Rome : Quand j'étais enfant, ma mère qui ne savait trop quoi faire de moi, m'emmenait très souvent au cinéma. Dés l'âge de quatre ans, j'ai vu un nombre incroyable de péplums. Ils étaient à la mode à cette époque-là. Ben Hur m'a marqué à vie. Dans ma tête, j'avais des westerns et des péplums en Technicolor. A cela s'ajoute le fait que de par mes racines orientales - ma famille est originaire d'Egypte - j'aime raconter des histoires. J'adore dire Il était une fois et captiver les gens. Il y a mille manières de raconter des histoires et mille médias pour le faire. Quand j'étais gamin, je dessinais énormément, je peins beaucoup. Je fais tous mes story-boards moi-même. J'ai même fait de la bande dessinée en amateur. Pour moi, l'envie de raconter des histoires est presque plus forte que celle de les raconter au cinéma, qui n'est venue que par la suite.

- : Pourquoi le cinéma maintenant, et pourquoi ce projet-là ?

Claude Michel Rome : Je n'ai pas de relations et mon parcours n'a pas été simple. J'ai dû faire de nombreuses tentatives. Le premier de mes scénarios qu'un producteur ait voulu tourner pour le cinéma n'a pas abouti. Tout de suite après, on m'a proposé de le réaliser pour la télé. Comme j'avais très envie de le faire, c'est devenu un téléfilm pour M6, Meurtre par procuration, dans la collection Vertiges. Mes trois premiers polars ont été les trois premiers de cette série. C'est ainsi que j'ai fait de la télévision alors que je désirais faire du cinéma.

- : Pour vous, quelle dimension le cinéma apporte-t-il ?

Claude Michel Rome : Quel que soit le média, j'essaye toujours de faire des films. Je n'aurais pas découpé ni cadré différemment « Dans la tête du tueur » si je l'avais fait pour le cinéma. De même, j'aurais réalisé ce film-ci exactement de la même façon pour la télévision - si elle m'en avait donné les moyens ! Mais le format de tournage, ce Super 35 Scope est un vrai plaisir. Cela change tout parce que l'image est cinématographique. C'est un plus énorme. J'ai réalisé certains plans en profitant de la dimension qu'offre le cinéma. Le plaisir de faire du cinéma est aussi dans l'image, avec un support incomparablement plus puissant que l'image télé.

- : Comment sont nés Les insoumis ?

Claude Michel Rome : Le projet est né dans la tête d'Olivier Dazat, le scénariste initial. Il s'était inspiré d'un fait divers : en Belgique, des flics que l'on avait alors surnommés « Les Tueurs du Brabant » s'étaient mis à attaquer eux-mêmes des supermarchés pour créer un électrochoc et un coup d'Etat. La mécanique de cette histoire d'inspecteur qui se retrouve muté dans une zone de non-droit, économiquement sinistrée, avec des policiers totalement démotivés, fonctionnait très bien. Je suis arrivé sur le projet parce que mon agent a fait circuler le film que j'avais réalisé autour de la traque de Francis Heaulme, Dans la tête du tueur. Après l'avoir vu, Etienne Comar et Philippe Rousselet ont pensé qu'il pourrait être utile que je lise le scénario d'Olivier, qui ne les satisfaisait pas en l'état. A la base, je suis scénariste, et j'ai rencontré Olivier pour discuter avec lui d'une adaptation qui ne serait pas qu'une mécanique policière, mais parlerait aussi du rapport humain intime entre deux hommes, un petit chef de clan - Jean-Ba - qui ne supporte pas qu'arrive un inconnu - Drieu - auréolé d'une carrière parisienne et qui va fasciner un par un les flics de sa brigade.


- : A quel moment avez-vous choisi vos comédiens ?

Claude Michel Rome : Un casting de personnalités était nécessaire. Pour tourner Les insoumis, il fallait l'être un peu soi-même ! Drieu est le pivot du film. Se voir proposer un acteur aussi bon que Richard Berry est rassurant et donne envie. Drieu est un anti-héros, fermé, fragile. Richard, un peu revenu des rôles de flingueurs victorieux, a suffisamment d'expérience pour avoir le courage d'aller vers des personnages qui ne sont pas uniquement valorisants. Il est allé vers la vulnérabilité, l'ambiguïté par rapport à Jean-Ba. Vis-à-vis des autres, Vincent Drieu essaime le professionnalisme et l'envie de servir comme une maladie contagieuse. A sa façon, Richard Berry est aussi un modèle pour son équipe. Le fait qu'il soit lui-même réalisateur n'a absolument pas pesé. Tout comme pour Zabou. Dès lors qu'ils sont rassurés en voyant les rushes, la période d'observation mutuelle s'achève ! Nous avons trouvé un terrain de communication et notre propre mode de fonctionnement.

- : Comment avez-vous choisi Pascal Elbé ?

Claude Michel Rome : Jean-Ba et Vincent Drieu devaient former un tandem. Pascal apportait l'image que les films qu'il a tournés lui donnent, un beau mec un peu grande gueule, bon pote. Mais dans ce film il a le rôle du petit con, qui trompe sa femme sans arrêt, qui magouille comme tous les petits ripoux qui hantent ce commissariat. Entre son personnage et celui de Richard, il y a une fascination, une attirance, un rapport complexe d'hommes, de flics, de grand frère à petit frère. Pascal apporte une intériorité à son personnage. Il a vraiment joué le jeu.

- : Comment avez-vous choisi Zabou Breitman ?

Claude Michel Rome : Au départ, son rôle était écrit pour un homme, mais il y en avait déjà beaucoup dans cette histoire ! En faire une commissaire revenait à envisager une femme devant mener une équipe. Nous avons eu l'idée de faire de cette femme flic une femme enceinte, ce qui ajoute encore aux enjeux du film. Cela teinte ses rapports avec ses subordonnés, mais on se demande aussi qui est le père… J'ai connu Zabou au Cours Simon il y a vingt-cinq ans. Elle a l'autorité, elle en impose naturellement, sans rien perdre ni de sa séduction ni de sa féminité. Je la trouve parfaite dans le rôle.

- : Parlez-nous des autres comédiens…

Claude Michel Rome : Pour faire équipe avec le personnage de Richard, il y avait un rôle de jeune fliquette d'une vingtaine d'années. Parce qu'elle n'a pas d'exemple d'un flic auquel elle voudrait ressembler, elle accepte Drieu comme un modèle, un mentor. Le fait qu'elle vienne de la cité est également intéressant puisqu'une part du film s'y passe et qu'elle en connaît les règles. Aïssa Maïga m'a tout de suite intéressé. Elle a un tempérament et elle a le don de faire exploser les clichés. Je souhaitais une fille arabe, ce qui n'est pas incompatible avec le fait qu'elle soit noire. Aïssa parle arabe et nous lui avons écrit des répliques pour la rendre encore plus crédible. Peu de gens savent qu'il existe des Noirs arabes, cela contribue à casser les archétypes. Cela illustre également la réalité ethnique de la police. En tant qu'actrice, elle ne veut pas être cantonnée dans le rôle de la Black de service. Elle a raison. Elle a une énergie remarquable sur un plateau et elle donne beaucoup. Pour le rôle de Manu, j'ai choisi Moussa Maaskri sans me soucier du fait qu'il soit arabe. Cela s'est fait comme ça. D'ailleurs, dans le film, son nom de famille est Costa ! J'aime ce qu'il apporte, à la fois par sa présence physique et son allure. Il dégage beaucoup de choses. Au départ, son rapport avec Jean-Ba était celui de Lennie et George dans Des souris et des hommes. C'est un suiveur qui tout à coup, se rebelle. Le personnage de Wazemme était pour moi le Paul Frankeur des films de Grangier des années cinquante. Le flic fatigué qui a de la gueule, qui picole. Usé jusqu'à la trame un peu avant l'âge. Il a une aventure avec Mireille, la seule fliquette en uniforme qui, par son sourire, sera un peu son soleil. Parmi toutes ces tronches humaines mais dans le côté rugueux, il fallait bien un personnage positif, sympathique et humain dans le côté bonhomme. Bernard Blancan apporte tout cela. Il est crédible dans tous les aspects. Tout comme Guilaine Londez, qui offre quelque chose de doux dans cet univers. Leurs deux personnages évoluent et se révèlent. Fred Saurel incarne un flic d'origine italienne. Il apporte à son personnage cette espèce de rondeur d'un flic qui, grâce à Vincent, découvre lui aussi ce qu'est vraiment sa mission.


- : Les comédiens vous ont-ils surpris durant le tournage ?

Claude Michel Rome : A mon sens, le travail de direction d'acteurs se fait pour une bonne part au moment du casting. Si on a choisi le bon comédien pour le bon rôle, on a des chances d'obtenir ce que l'on cherche. Bien sûr, souvent, tous ont apporté plus que ce à quoi je m'attendais parce qu'il y a des subtilités que je ne maîtrise pas. Dans les rapports psychologiques et de confrontation feutrée, les acteurs m'ont surpris. Il y a eu de nombreux moments où ils ont dépassé ce que j'imaginais.

- : Quelles scènes étiez-vous impatient de tourner ? Lesquelles redoutiez-vous ?

Claude Michel Rome : Il y a peu de scènes anodines et toutes révèlent des enjeux ou apportent des informations. Dans un rythme soutenu, il y avait tous les personnages à faire évoluer, à découvrir. De plus, quand vous tournez avec une équipe pareille, vous avez forcément envie de les voir se confronter ou s'allier. Le fait de se dépasser, de raconter une histoire qui n'est pas banale est aussi un but très motivant. On a forcément envie de filmer le duel entre Zabou et Richard, et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Si je redoutais certaines scènes, c'était uniquement pour des raisons de temps et de moyens. Nous avions peu de temps pour faire le film. De ce point de vue, mon expérience de la télévision m'a énormément servi. Il faut savoir tourner avec trois ou quatre caméras, savoir où les poser. Nous étions à la fois dans un film psychologique et dans un film d'action, avec de nombreux éléments qui s'assemblent comme un puzzle.

- : Comment s'est passé le tournage ?

Claude Michel Rome : Le tournage de l'assaut m'a particulièrement marqué. Il a été très éprouvant parce qu'une comédienne, Guilaine, s'est blessée dès la première séquence tournée le matin. J'ai eu peur pour elle et les comédiens en ont été très éprouvés. Ils avaient peur dès que ça pétait. Et il y a eu quatre mille explosions, plus toutes les balles tirées ! Tous les techniciens avaient des casques antibruit, mais pas les comédiens… Dès le départ, la déco était impactée et dès qu'un comédien bougeait le moindre accessoire, il y avait des fils et ils avaient peur que cela leur explose dans la main. Tout était dangereux et cela a engendré un vrai stress sur le tournage. Personne n'est prêt de l'oublier !

- : Tout le monde s'accorde à saluer le mélange des genres, le soin apporté aux décors, mais vous avez également fait un travail particulier sur la musique…

Claude Michel Rome : La musique est essentielle. Comme pour tous mes films, j'ai travaillé avec Frédéric Porte. Je voulais impérativement une musique dans l'esprit de celle de La chute du faucon noir, occidentale mais métissée en fonction de l'endroit où se déroule l'histoire. Ici, dans le Sud, avec beaucoup de flics d'origines différentes, je voulais une musique qui fasse sentir qu'on est à une frontière. De l'autre côté, c'est l'Orient. Quand le petit Malik meurt, on entend une voix kurde sublime. Il y a des chants kurdes, de la musique arabe, une couleur qui donne une ambiance en plus, sans être redondant par rapport à l'image. C'est un western métissé. On a évité l'harmonica mais utilisé des violons arabes, aux sons très aigus, et du doduk, des choeurs… on a ajouté dans la bande son une sorte de bruit industriel comme un coeur battant au rythme de cette hydre industrielle qui tel un monstre, a mangé toute la région…

- : Le décor apporte aussi quelque chose de très particulier…

Claude Michel Rome : Ma femme est de Marseille, je connaissais donc très bien l'endroit, mais ce film est un western urbain qui baigne dans un climat et un paysage où la pétrochimie est omniprésente. Il serait totalement différent s'il avait été tourné Porte des Lilas ! Cette espèce de laisser-aller, cette ambiance de décrépitude du commissariat répond à l'ambiance fin du monde de cette zone d'hyper industrialisation. La taille de l'être humain est minimisée au point de ne quasiment plus exister au regard du gigantisme de l'industrie. Les tuyaux sont omniprésents, ça fume de partout. On peut se demander à quelle époque se déroule cette histoire. On pourrait presque croire que le film se passe dans le futur ou il y a quelques années. Mais il se passe aujourd'hui. Il est cependant presque intemporel et nous aurions pu le tourner dans n'importe quelle zone de chaos. Comme moi, les comédiens n'oublieront pas la pétrochimie, l'odeur qu'elle dégage et que l'on ne perçoit évidemment pas dans le film mais que j'ai essayé de restituer visuellement. Au final, le mélange de l'histoire, des différentes personnalités des comédiens, et le climat de cet endroit étrange a donné quelque chose d'atypique. C'est une histoire surprenante à plus d'un titre…


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Fiche technique
Réalisateur : Claude Michel Rome
Scénario original : Olivier Dazat
Adaptation et dialogues : Olivier Dazat et Claude Michel Rome
1er Assistant réalisateur : Thibault Guerrier
Scripte : Valérie Chorenslup
Image : Jean-Marc Fabre a.f.c.
Son : François de Morant, Frédéric Dubois et Thierry Lebon
Décors : Bertrand Seitz a.d.c
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Maquillage / coiffure : Dany Vasseur
Casting : Sylvie Brocheré a.r.d.a
Montage image : Stéphanie Mahet
Montage son : Frédéric Dubois
Mixage : Thierry Lebon
Photographe de plateau : Pascal Ito
Musique : Frédéric Porte
Régisseur général : Thierry Cretagne
Directeur de production : Francis Barrois
Une coproduction : Les Films de la Suane, M6 Films, Mandarin Films et Snd
Avec la participation de : Canal+, M6 et Tps Star
En association avec : Sofica Valor 7
Producteur délégué : Philippe Rousselet
Producteur associé : Etienne Comar
Textes et entretiens : Pascale & Gilles Legardinier

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présentation réalisée avec l’aimable autorisation de

remerciements à
Olivier Lebraud
logos, textes & photos © www.snd-films.com
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Publié dans PRÉSENTATIONS

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